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Aubervilliers

Théâtre de la Commune, Aubervilliers (25 avril-6 juin 1969)

Le spectacle est créé à Aubervilliers le 25 avril 1969. Pour cette première création collective, le Théâtre de la Commune dirigé par Gabriel Garran et le Théâtre du Soleil décident de travailler ensemble, une collaboration au niveau des équipes et non pas simplement dans une coproduction. 

"À la rentrée de la saison 1969-1970, la troupe reprend Les Clowns à Aubervilliers (dates non répertoriées). Mireille Franchino et François Joxe quitte le spectacle. Ils seront remplacés par Ariane Mnouchkine, qui joue pour la première fois, et Philippe Léotard. Un soir, les comédiens ont la surprise d'être attendu au foyer par Jean Renoir qui tient à les féliciter."

(Extrait) "La Vie d'une troupe : Le Théâtre du Soleil" par Richard Monod et Jean-Claude Penchenat. Le Théâtre, ouvrage collectif sous la direction de Daniel Couty et Alain Rey, Bordas, 1984. 

Recherche de maquillage pour
Anne Demeyer (Mme Patafiole) © Archives Théâtre du Soleil
Georges Bonnaud (Clown-Trombone) © Archives Théâtre du Soleil

Les clowns ne doivent pas mourir

Ariane Mnouchkine remplace Mireille Franchino (Mlle Scampouzzi) qui a créé le rôle, et l’a joué à Aubervilliers et à Avignon © Martine Franck | Magnum Photos

 

 "Ils se sont démaquillés une dernière fois, ôtant les épaisses couches gluantes de crème rouge-jaune-blanche-noire ou pailletée, les nez rouges, les chaussures trop larges, les costumes trop bariolés, l'accent à la Grock, le sourcil à la Zavatta, les peaux de banane de rechange, la mandragore qui rend tout-puissant, les poupards qui piaillent, la pâte à crêpes et la grenade dégoupillée. C'était, après le Festival d'Avignon et le Piccolo Teatro de Milan, la quatre-vingtième et dernière représentation des " Clowns " au Théâtre de la Commune d'Aubervilliers, par la compagnie du Théâtre du Soleil. Ils ont rangé avec soin les 1 200 ampoules du décor dans les 1 200 boîtes ad hoc ; ils ont démonté la baraque de foire, brillante comme du papier de chocolat, et l'ont entreposée, en attente, dans un local d'Aubervilliers.

En attente de quoi ?...

Pour Ariane Mnouchkine qui, pour la première fois depuis la création du Théâtre du Soleil, avait paru pendant tout un mois sur le plateau en

tant qu'actrice - dans le rôle de journaliste qui interviewe la mère de famille, Mme Cléopâtre, - c'est une question pressante, angoissante. Car, à moins d'un miracle, on ne voit pas comment la compagnie pourrait éviter la faillite.

Pas de salle pour donner des représentations ; pas de salle pour répéter ; pas de subvention qui puisse réellement les aider à vivre (en cinq années, ils ont reçu des affaires culturelles la somme dérisoire de 165 000 F!); pas de rentrées d'argent à espérer (une dizaine de représentations de leur spectacle pour enfants, l'Arbre sorcier, Jérôme et la tortue, sont, en tout et pour tout, programmés jusqu'à la fin décembre) ; des dettes, plus ou moins pressantes (30 000 à 35 000 F). Et ils sont vingt-trois actuellement qu'il faut payer chaque mois : un salaire mensuel de 1 000 F, identique pour tous, sauf pour les chargés de famille qui reçoivent... 200 F de plus. Soit quelque 30 000 francs à trouver pour chaque fin de mois.

On avait cru pourtant qu'ils avaient suffisamment fait leurs preuves : passant de 2 900 spectateurs au Mouffetard en 1965 avec Les Petits Bourgeois, à 63 000 pour La Cuisine, et 50 000 pour Le Songe d'une nuit d'été (interrompu après 115 représentations par les événements de mai et la non-reconduction du contrat avec le cirque de Montmartre). Sans parler des critiques, unanimement élogieuses, pour le travail de la compagnie."

 Nicole Zand | Le Monde | 24 novembre 1969 (Extrait)

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