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Nô et Kyogen

En hommage à nos maîtres et à nos sources

du 15 au 19 mars 2023

Le Théâtre du Soleil accueille 22 artistes des écoles Kita et Izumi - Kinué Oshima et sa famille, Tadashi Ogasawara et son fils Hiroaki, pour cinq kakan (comprenez cinq représentations
jouées en journée ou
en soirée)

Infos

Représentations

5 représentations exceptionnelles
mercredi, jeudi et vendredi à 19h30
samedi à 15h
dimanche à 13h30

Durée du spectacle

durée estimée : 2h30 à 3h

Prix des places

30 € (Individuels)
20 € (Collectivités, demandeurs d’emploi)
15 € (Étudiants - de 26 ans et scolaires)

Location

Individuels
01 43 74 24 08, tous les jours de 11h à 18h
Collectivités, groupes d'amis (à partir de 10)
01 43 74 88 50
Théâtre Online | Fnac
© Archives Théâtre du Soleil
© Archives Théâtre du Soleil
© Archives Théâtre du Soleil
© Archives Théâtre du Soleil
© Archives Théâtre du Soleil
Kano Ryoichi © Archives Théâtre du Soleil
Oshima Kinué © Archives Théâtre du Soleil
Oshima Teruhisa © Archives Théâtre du Soleil
Arimatsu Ryoichi © Archives Théâtre du Soleil
Oka Mitsuru © Archives Théâtre du Soleil
Tadashi Ogasawara © Archives Théâtre du Soleil
Tadashi Ogasawara @ Archives du Théâtre du Soleil
Oshima Kinué © Archives Théâtre du Soleil
Oshima Teruhisa © Archives Théâtre du Soleil
Oshima Kinué © Archives Théâtre du Soleil
Oshima Kinué © Archives Théâtre du Soleil

Au programme des cinq Kakan

Chaque représentation débutera par mai-bayashi (une danse de ) et sera suivie d'une pièce de kyôgen et d'une pièce de nô

PROGRAMME A
mercredi 15 et vendredi 17 mars à 19h30

Hagoromo (shité : Kinué Oshima)
Futari bakama (shité : Tadashi Ogasawara)
Sumida-gawa (shité : Ryoichi Kano, kokata : Nanami Araki, waki : Ryôichi Arimatsu, waki-tsuré : Mitsuru Oka)

Programme B
jeudi 16 à 19h30 et samedi 18 mars à 15h
Yashima (shité : Teruhisa Oshima le 16 mars, Kinué Oshima le 18 mars)
Kirokuda (shité : Tadashi Ogasawara)
Aoi no ué (shité : Teruhisa Oshima le 16 mars, Kinué Oshima le 18 mars, tsuré : Yûichi Kano, waki : Mitsuru Oka)

Prgramme C
dimanche 19 mars à 13h30
Utô (shité : Ryoichi Kano)
Sanbon-bashira (shité : Tadashi Ogasawara)
Tsuru (shité : Kinué Oshima)

Le Mystère Kinué

Elle vient. Elle « vient » ? On n'a jamais vu un Venir comme ça !?
Kinué est une Énigme
Elle vient – comme personne, comme en rêve, comme un rêve, elle approche portée, non par des pas. Mais par un vol terrestre, comme passe un souvenir présent, un souvenir qui n'arrive pas, qui demeure, mobile immobile, ni mobile ni immobile, silhouettes irisée, vision taillée dans l'étoffe des apparitions,
on ne peut pas la quitter des yeux. Elle ne nous regarde pas. Elle ne nous touche pas du regard, elle regarde – quoi ? – à l'intérieur du soi – « l'éternité », dirait Rimbaud, l'intime éternel
L'éternité qui passe, dirait Genet. La jeunesse – qui se pleure, dirait Mishima
Elle vient. N'en doutons pas, c'est une Elle. Tous les poètes le savent de ce savoir qui n'est pas savant, qui est extase, illumination. On ne peut pas dire : elle marche. C'est autre chose. Elle va flottante, comme une barque s'écoule sur une eau de soie. Elle est aile. Elle avance sur la fleur de l'infini, et nous sommes fascinés.

Tiens ! une phrase ! Là ! elle nous palpite à l'oreille. « Est-elle almée ? » On dirait ce papillon jaune qui voltige comme l'esprit des morts aimés volette au-dessus des tombes.
On dirait le nom secret de Kinué, la mélodie de son énigme,
À sa vue, on ne sait pas ce qu'on voit, à sa voix on croit entendre l'appel du Surnaturel, tout son être vient de si loin, des profondeurs de nos émotions. Elle vient, ni vite ni lente, à cette allure comme commandée par un destin, comme un message. Envoyée. Ses pieds mus comme une pensée, comme les syllabes d'un poème. Venant comme une question qui ne se pose pas. Mais nous, intimidés, inquiétés, nous croyons reconnaître qu'elle vient de ce fameux pays des morts, le pays sans âge où persiste la beauté. On sent bien que ce qui nous charme c'est qu'elle continue

 

La première fois que sa Voix-des-profondeurs m'a touchée, c'était un midi au Théâtre du Soleil, on déjeunait près des cuisines, à une petite table de bois – du moins je le croyais. Kinué se restaurait, elle avait l'air d'une jeune femme calme, maîtresse de ses états d'âme, bien écrite, sans aucun excès, et c'est dans ces circonstances réelles que sa voix m'a atteinte. Une voix magique émise par un instrument de musique inconnu, aux gravités de violoncelle, créée, dense, cadencée, sans fond. Ineffaçable. Cette Voix ! osai-je interroger, est-elle... quelque invention divine ? Une sonorité datant des étoiles ? Cette musique dont parle Shakespeare ? Et la Voix m'a répondu :
Eh bien cette voix, c'est une œuvre. C'est le résultat d'un long et merveilleux travail de Kinué sur ses cordes, sur sa gorge, sur son souffle, sur ses bronches, sur son ventre.
Elle écoute tous ses muscles, explore et raffine toutes les ressources de son corps. Tout parle. Ses pieds sont musiciens, ses bras, ses mains sont poètes. Son âme parle par toutes ses fibres, ses articulations traduisent les variations de ses questions, de ses inquiétudes, ses espoirs. Elle est en transposition
Et cette action qui élève l'être à l'œuvre d'art est transmise à l'espace, au théâtre lui-même. Suivez le vol terrestre de Kinué. Prenez le corridor que son apparition parcourt, et vous sentirez le corridor se dérouler en jours et en siècles, en caressant la distance

Un ciel autour d'elle bat de l'aile et s'enlève comme les grues cendrées, ces oiseaux qui sont en vérité les lettres d'un poème qu'un Dante japonais aurait peint sur le vif dans la toile de l'air

Hélène Cixous, 31 décembre 2022

À propos du Nô

Le Nô est la plus ancienne forme d'art théâtral japonais, qui est toujours en plein essor depuis qu'elle a pris sa forme actuelle il y a plus de 600 ans. Le Nô est l'un des premiers arts désignés comme patrimoine culturel immatériel de l'humanité par l'UNESCO en 2001. Sa forme théâtrale, qui consiste en un jeu d'acteur mêlé de danses très stylisées, une musique composée d'instruments et de chœurs, ainsi que des masques et des costumes élaborés, est très simple. Toutefois l’engagement et l’implication de chaque artiste pour cette forme d'art tout au long de sa vie contribue à une très haute sophistication du Nô. Le Nô est un art transmis par des maîtres de génération en génération. Traditionnellement, le nô est aussi pratiqué par des amateurs enthousiastes qui participent à la diffusion de la culture du Nô.

Histoire du Nô et de Zeami
Issu des divertissements populaires de la région de Nara durant la période Heian (794-1185) qui étaient associés à diverses danses rituelles d'offrande, le Nô a été créé durant la seconde moitié de la période Kamakura (1185-1333) et le début de la période Muromachi (1336-1573). Sous le patronage du shogunat et des nobles de haut rang, le Nô a subi l'influence des arts populaires de la période Muromachi, comme le bouddhisme zen et la peinture à l'encre. Zeami (1363-1443 ?), formé par son père Kan-ami et avec le grand soutien du shogun Ashikaga Yoshimitsu (1358-1408), est considéré comme le fondateur révolutionnaire du style actuel du Nô. Le recueil de ses traités sur le Nô, "Fushi Kaden", écrit vers 1400 (mais devenu public seulement en 1883), fait date dans le théâtre mondial, puisqu'il précède Shakespeare d'environ 200 ans. Aujourd'hui encore, de nombreux Japonais, notamment des hommes d'affaires, lisent le "Fushi Kaden" et sont touchés par ses profondes réflexions sur la vie et l'art.

Les acteurs du Nô et la musique Nô
Les acteurs Nô sont divisés en plusieurs types qui ont des rôles différents à jouer dans le drame. Le Shite (shite-kata) est le personnage central et, dans la plupart des cas, le metteur en scène de la pièce. La plupart des Shite portent un masque. Le Waki (waki-kata) est un personnage secondaire qui expose la situation. Il apparaît généralement en premier sur scène, indiquant au public où et quand le drame se déroule, et l'invitant à entrer dans le monde du Nô. Comme le Waki représente une personne vivante, il ne porte pas de masque.

L'orchestre du Nô comprend quatre instruments : une flûte traversière (nohkan), un petit tambour à main tenu sur l'épaule (kotsuzumi), un grand tambour à main tenu à la hanche (ohtsuzumi) et un grand tambour joué avec une paire de bâtons (taiko). Environ quarante pour cent des pièces n'utilisent cependant pas le taiko, qui est principalement employé dans la musique accompagnant les esprits masculins, les démons ou les dieux, lorsqu'une atmosphère violente ou exaltante est souhaitée. Certaines musiques du nô sont purement instrumentales, d'autres sont accompagnées de voix. La composante vocale est répartie entre le chant ou la psalmodie du chœur d’une part, et les dialogues de la pièce qui sont prononcés par les acteurs dans un style de parlé/chanté d’autre part.

À propos du Kyôgen

Avec le Nô, le Bunraku et le Kabuki, le Kyôgen est l’une des quatre formes représentatives de l’art théâtral classique japonais. Le Kyôgen est une forme de comédie populaire médiévale qui est apparue dans la région de Kyoto en même temps que le Nô, au début du XIVe siècle. Un peu à la manière de la Commedia dell’arte en Italie, il s’agissait à l’origine d’une forme improvisée plutôt simple et sans texte ni auteur défini. Puis, vers le milieu du XIVe siècle, il est devenu habituel pour les acteurs de Nô d’intercaler des scènes de Kyôgen entre les cinq pièces de Nô. Progressivement, combinant ainsi deux formes théâtrales contrastées, l’acteur principal des scènes de Kyôgen s’est mis à interpréter le rôle de « ai » (intervalle comique) au milieu de chaque pièce de Nô.

Tandis que le Nô met l’accent sur la méditation et la mémoire, le péché et le salut, le Kyôgen témoigne ouvertement de la nature humaine en maniant merveilleusement bien l’humour. À l’ère Muromachi (XIVe - XVe siècles), les représentations de Kyôgen et de Nô attiraient des milliers de spectateurs, sans distinction d’âge, de classe ou de genre. L’origine de ces deux traditions est étroitement liée et peut être mise en parallèle avec l’utilisation par Shakespeare de la tragédie au cœur de la comédie, ces formes ayant toutes deux pour objectif de montrer les gens tels qu’ils sont réellement. Bien que le Kyôgen et le Nô aient conservé des liens très proches, la popularité grandissante du Kyôgen a permis aux représentations indépendantes de se multiplier. Ce phénomène est largement dû à la grande accessibilité de cette forme qui combine une intrigue et des personnages simples, une parole clairement adressée, un jeu stylisé et expressif et des temps de spectacle courts. Ajoutez à cela un répertoire riche de plus de deux cents pièces, et il est alors aisé d’expliquer la récente émergence de nombreux acteurs de Kyôgen de grand renom.

Kinue Oshima & L'École Kita

Kinue Oshima
Actrice Shité de l’école Kita. Elle est née à Fukuyama en 1974 et est diplômé de l'Université des Arts de Tokyo.  Elle a appris le Nô avec son grand-père Hisami et son père Masanobu. Installée au Ohshima Nogakudo (théâtre nô) de Fukuyama, elle participe à de nombreuses représentations de Nô. Elle se passionne également pour la diffusion à grande échelle des valeurs de la culture Nô. A partir de 2000, elle a commencé à présenter des spectacles de Nô en dehors du Japon, notamment à Taïwan, aux Pays-Bas, en Belgique, en France, au Royaume-Uni, en Finlande, en Bulgarie, dans les pays baltes et aux États-Unis. En 2009 et 2011, elle participe aux spectacles de Nô en anglais "Pagoda" et "Between the Stones" du Théâtre Nohgaku en tournée en Europe. Elle est lauréate du prix culturel d'Hiroshima (2018) et est chargée de cours pour l'université de musique Elizabeth.

École Kita
L'école Kita est l'une des cinq écoles de Shitekata (rôle principal) du nô. Le fondateur, Kita ShichidayuChono (1586-1653), issu à l'origine de l'école Kongoh, fut autorisé par le Shogunat à établir sa propre école vers 1609 au début de la période Edo et prit le nom de Kita Shichidayu. Comme l'école Kita était aimée par les shoguns Toyotomi Hideyoshi, Tokugawa Tsunayoshi et Iemitsu, elle était respectée par les autres seigneurs féodaux. Ainsi, de nombreux professionnels du nô de l'école Kita sont actifs dans les anciennes villes châteaux du Japon. Née dans la société des samouraïs, l'école Kita possède un style fougueux et martial.  Depuis l’ère Meiji, des initiatives uniques propres à cette école lui ont en outre permis de créer de nombreuses pièces de Nô modernes.
Lien vers le site Oshima Noh Theater

Tadashi Ogasawara 

Acteur de l’école Izumi, il est né en 1965, et est formé au kyôgen notamment par le grand maître Nomura Man (né en 1930), Trésor National Vivant, et son fils aîné Mannojô. Outre ses prestations régulières au Japon dans les pièces les plus renommées du répertoire, dirige le bureau d’Ôsaka de la compagnie « Man-kyôgen ».

Il travaille à diffuser son art en France (nombreuses apparitions à la Maison de la Culture du Japon à Paris) et en Italie (conférences régulières à l’Université de Venise ; recherches conjointes avec des acteurs italiens sur le jeu masqué dans le kyôgen et la Commedia dell’arte).
Lien vers le site officiel de Tadashi Ogasawara

Autour du spectacle

À la Maison de la culture du Japon
Le théâtre Nô expliqué par une actrice
Conférence-démonstration de Kinué Oshima
Samedi 11 mars à 15h
Entrée libre sur réservation à partir du 10 février sur le site www.mcjp.fr

À ARTA
L’expression physique du Nô,
apprentissage du kata
Stage dirigé par Kinué Oshima
Du 6 au 10 mars 2023
Informations et inscriptions sur le site https://artacartoucherie.com

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