fr | en | sp | de

Le prix de l’expérience – Contraintes et dépassements dans le travail de groupe

Rencontre publique

Le 08 mars 2016

Animée par Georges Banu

À l'occasion de la venue d'Eugenio Barba et l'Odin Teatret du 8 au 20 mars 2016 au Théâtre du Soleil, Ariane Mnouchkine et les acteurs du Théâtre du Soleil et Eugenio Barba et les acteurs de l’Odin Teatret s’interrogent sur leurs 104 ans de théâtre partagés.

Infos

Représentations

Mardi 8 mars à 19h

Prix des places

Entrée libre dans la limite des places disponibles
Inscriptions au 01 43 74 24 08

Extrait d’une lettre à un ami, par Ariane Mnouchkine

« Cher Eugenio,

Nous allons bientôt commencer. Dans un mois, le public sera là. Je pourrai voir leurs visages. Nous avons incrusté des petites lumières dans les lices de la salle. Je peux voir tous leurs visages. Tous nos visages. Ils sont bien rangés. Comme pour une chorale dans un collège anglais, ou un cours à la Faculté de médecine. Une classe d’autopsie, ou pour un petit Parlement des Origines. De nos origines. Nichés dans notre nouvel O de bois, ils scrutent notre petite piste oblongue. Ils attendent. Je les vois. Je les crains, je les aime. Les acteurs, eux, sont encore cachés.
Je me suis beaucoup inspirée de l’architecture du décor de ton dernier spectacle. Celui que tu as joué chez nous. En plus grand. Notre famille a sensiblement plus de bouches à nourrir que la tienne.
Le spectacle s’appelle Les Éphémères. Dans le désordre. Nous levons l’ancre.

Le monde explose autour de nous… et nous, nous tentons de faire un spectacle sur… sur quoi au fait ? Si je te disais que les comédiens et moi-même nous sommes retrouvés travaillant sur… presque rien. Ce presque rien que nous appelons malheur, bonheur, souvent regrets, parfois heureusement révélations. Nos petites apocalypses. Nos sillages à peine tracés que déjà disparus. Nos traces, aussi invisible que celle d’un serpent sur le sable. 

Je ne sais pas pourquoi j’ai eu envie de t’écrire cette lettre. J’ai eu soixante sept ans cette année. Je suis la plus âgée. La benjamine a 20 ans. Entre elle et moi, il y a maintenant tous les âges.

Le monde explose autour de nous… les glaciers fondent, les océans montent, les îles de nos rêves bientôt seront englouties, et nous sommes toujours des “analphabètes du sentiment“. Il s'agit de nous, de toi et de vous. Nous avons enquêté, mais ce sont des gens comme nous que nous sommes allés voir. Ceux qui nous révèlent notre courage, notre bonté, notre fraternité, je les appellerai les Sauveurs, et ceux qui nous révèlent notre honte, notre lâcheté, notre indifférence obstinée, je les appellerai les Sabordeurs. Nous sommes sauveurs et sabordeurs de notre vie, nous sommes naufrageurs et sauveteurs. Naufrageurs parce que nous mangeons le bien de nos enfants, sauveteurs parce que nous voulons quand même qu'ils lisent des livres. Voilà la différence. J'essaie très aveuglement de nous éclairer…

À suivre »

Extrait du programme des Éphémères, création collective du Théâtre du Soleil mise en scène d’Ariane Mnouchkine (2007)