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1962

du 04 mai au 03 juin 2001

de Mohamed Kacimi

une création de la Cie Théâtre Italique

Mise en scène : Valérie Grail


Avec :

Valérie Grail, Jean-Benoît Terral, Rachid Guerbas (compagnon musicien)

Assistante à la mise en scène : Brigitte Damiens

Musique : Rachid Guerbas

Peinture du "mur" : Hamid Tibouchi

Costumes : Nathalie Thomas

Décor : Robert Moscoso, Philippe Meynard

Lumières et régie : Yvan Boivin, Martial Rozé

Reproduction photos ancienne : Jacques Delcroix

Bande son : Thierry Balasse (Minijy)


Du mardi au samedi à 20h30, les dimanches à 16h.
À l'issue de chaque représentation, la soirée se prolonge dans l'accueil du théâtre,

au Café de Tipasa
un cabaret des années 60 entre Marseille et Alger avec des musiques et des livres qui ont accompagné les voyages de 1962.
Parmi les invités : Teppaz, Albaycin, Adama, Nadia Lakaf, Beidja Rahal, Ferhat, Houria Aïchi …

A propos

Le port de Marseille aujourd’hui. Nadia attend un bateau et retrouve Gharib. Ils évoquent leur enfance commune à El-Hamel - village aride perdu sur les hauts plateaux algériens - enfance heureuse bercée par l’attente émerveillée de "l’indépendance".

Mais à la place de la fête attendue, le jeune Gharib croule sous le poids de l’arme transmise par son père, Nadia s’ensanglante les mains à hisser le drapeau algérien et le vieil instituteur en blouse grise a troqué sa règle en bois contre une règle en fer. Quand ils fuguent vers la mer, ils sont rattrapés et corrigés.

Quand ils veulent s’aimer, ils sont enfermés et Gharib s’exile. Aujourd’hui Gharib vit à Marseille et voit Nadia partir pour son pays, l’Algérie.

 

Plus qu’une dénonciation des événements actuels, c’est un chant à l’innocence et à la poésie de l’enfance, ignorante des péripéties politiques, et à la soif de liberté et d’amour de l’adolescence, qui se heurte à des principes et à un intégrisme naissant insupportables. Refusant de s’engager dans des considérations générales sur l’état du pays, c’est avec sensibilité que 1962 dépeint un monde perdu mais toujours vivace dans le souvenir.

 

Naissance d’une collaboration

Valérie Grail et Mohamed Kacimi se rencontrent au Théâtre du Soleil pour la création d’une manifestation culturelle en solidarité avec les artistes algériens. Ils créent alors et animent le Café de l’Exil, lieu d’échange, d’information, de poésie et de musique 

au Festival d’Avignon en 1995. Mohamed Kacimi écrit à cette occasion une joute poétique : Le Vin, le Vent, la Vie présentée dans la cour du Lycée St Joseph.

 

Pourquoi 1962 ?

L'Algérie était pour moi, petite marseillaise, un pays qu'on pouvait atteindre en nageant tout droit pour atteindre une ville identique à la nôtre, où l'on mangeait aussi des sardines, où les jardins étaient plus beaux et rejoignaient le Sahara ; la terre d'où venaient les "pieds-noirs" dont le nom me laissait perplexe ; un quartier surnommé le "quartier arabe" où l'on ne voyait ni femme ni enfant ; une guerre dont on ne parlait jamais.

Plus tard, alors que l'image de l'Algérie se confondait avec son actualité et la parole journalistique était son unique langage, j'avais besoin d'entendre parler autrement d'une histoire ainsi déshumanisée. Bouleversée par les textes autobiographiques de Mohamed Kacimi, alors romancier et poète, j'ai voulu faire entendre cette voix singulière de l'autre rive. Parce que le théâtre est un art où l'on peut espérer vaincre nos démons en révélant les passions d'une humanité faite d'utopie, de doute et de fantaisie.

L'idée de 1962 est née lorsque nous avons commencé à travailler ensemble à l'adaptation de ses textes en allers-retours de la page au public, mêlant le récit autobiographique au jeu des acteurs et à la musique, liant les souvenirs intimes à la mémoire d’un pays.

Durant ce travail, j'ai pensé aux enfants qui parlent à haute voix dans la nuit pour conjurer leur peur du noir. Aujourd’hui, pour dénouer l’angoisse de cette nuit algérienne, des enfants de l’Indépendance redonneraient vie à cette année 1962, qui fut celle de tous leurs rêves et de leurs désillusions.

Face à cette dérive des continents qui éloigne chaque jour davantage la France et l’Algérie, face à l’impossible circulation des hommes entre les deux rives, face à la menace qui pèse en Algérie sur la langue, et en France sur la parole, qui liaient les deux communautés, le spectacle est l’ occasion de retrouver, sans culpabilité ni nostalgie, ces moments d’ histoire faits de la proximité, parfois étouffante des deux peuples et de leurs espaces. Quand des enfants d’Algérie se tordaient de rire à la veille de l’indépendance en apprenant : La Méditerranée traverse la France comme la Seine traverse Paris.

Valérie GRAIL




L’Algérie me met au pied du mur. Elle est ce point d’interrogation, sourd et aveugle, qui récuse d’avance toute forme de réponse. Elle submerge mes lieux d’exil, me saute au visage, explose entre mes mains, puis disparaît dans sa propre nuit, en brouillant derrière elle toutes les traces de sa folie.

L’Algérie me fait penser un être cher que l'on retrouve le visage brûlé. On peut crier d’effroi pour dire la monstruosité de sa métamorphose, ou prendre le temps de le caresser et chercher, sous la blessure, les traits de beauté que le feu a voulu ravager. Ne pas laisser le drame parler tout seul, mais lui couper la parole pour trouver la part de vie qu’il prétend nier.

C’est à propos de cette recherche acharnée de vie, au milieu du feu, que j’ai pensé à l’an 1962.

1962, c’est écrire au cœur de l’utopie et de la blessure, écrire au cœur de l’ultime croisée de chemins des histoires d’Algérie et de France. Si cette date a été ressentie du côté français comme une blessure qu’on a tenté de panser par l’oubli ; du côté algérien, elle sera vécue comme une crue de rêves, que le régime endiguera à force de silence.

1962, l’Algérie venait de naître au monde avec fracas et lyrisme. Enfant de l’indépendance, j’ai ouvert les yeux sur un pays dont la terre et le ciel ne semblaient être là que pour obéir à nos rêves d’enfance et de libération.

Pourquoi le théâtre ? La réponse est simple : Par urgence de vie. J’ai voulu sortir de la solitude du roman, de cette parole de l’auteur absent au lecteur invisible, ouvrir une brèche dans le livre et l’écriture pour que ce récit touche scène et prenne corps. Pour que l’Algérie retrouve, le temps d’une représentation, une autre voix que celle du drame.

Mohamed KACIMI

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