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Avertissement...

A propos de l’ouverture des yeux (kai-gen) et de l’ouverture des oreilles (kai-mon)"

Assister à un nô c’est être transporté, en un instant, plusieurs siècles en arrière au cœur d’une autre culture. Pour vivre les mêmes émotions que les spectateurs de jadis, il faut savoir abandonner ses habitudes.

Le nô n’est pas un art "spectaculaire", tout y est "retenue". En comprendre la profondeur et le raffinement nécessite une approche attentive surtout de la part du spectateur occidental. L’essentiel est de se mettre en état d’écoute, voir et sentir, ouvrir son cœur. Le nô est né au Moyen-Age de 1’union harmonieuse de la danse, de la musique, de l’écriture, des arts du masque et du costume qui ont, ensemble, atteint leur plus sublime expression. Mais c’est sa structure rigoureuse établie à partir de lois et de codes, respectés et transmis par des lignées d’acteurs, qui lui a permis de parvenir jusqu’à nos jours sous sa forme d’origine : l’acteur ne répète pas, l’acteur ne se répète pas, "faire" un nô doit toujours être unique. Nous sommes, chacun, l’hôte des maîtres qui, à chaque représentation, transmettent un héritage précieux et assument la lourde tâche d’être à la hauteur de leurs ancêtres. Le spectacle advient par l’intermédiaire d’un médium qui, au premier son de la flûte, nous associe à l’appel des âmes. Dans une tension de plus en plus intense, on assistera avec lui à l’apparition des revenants, princesses et guerriers mythiques, dieux, démons et fantômes errants.
Ils vont apparaître par les mêmes masques et dans les mêmes costumes qu’autrefois, chefs-d’œuvre transmis et portés de génération en génération, objets infiniment précieux et irremplaçables, maîtres et gardiens du théâtre qu’ils font vivre depuis des siècles.

Erhard Stiefel
Texte écrit pour le programme du Festival d’Automne de 1997