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Définir en amont la demande |
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Tous les ans, Alexandre Zloto se heurte à des
dossiers de projets qui ne traitent absolument pas de la troupe. Pour
que cessent ces erreurs, nous avons, cette année, défini
sur le site Internet les obligations auxquelles les groupes doivent répondre
pour postuler au festival. Le groupe doit avant tout être une troupe,
c'est-à-dire être nombreux, se projeter ensemble dans une
aventure commune pour plus d'un spectacle et travailler dans l'esprit
d'« école permanente » en se stimulant les
uns les autres. Cette troupe doit en être à son tout début
de fonctionnement et ne doit pas être subventionnée. Elle
doit également mettre en place une création engagée
dans son temps. Et, de toute façon, elle doit avoir le désir
de monter son projet avec ou sans le festival. Seuls les dossiers correspondant à ces
données particulières sont retenus. Il nous apparaît
important de vous détailler ce processus de sélection qui
nous a conduits à accueillir les troupes présentes dans
cette nouvelle édition du festival.
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La prospection |
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La prospection est très compliquée
et, par faute de moyens financiers, elle est faussée à la
base. Sans autres fonds que ceux qui sont versés, généreusement,
par le Théâtre du Soleil, il est impossible au directeur
du festival, Alexandre Zloto, de se rendre en province ou à l'étranger
pour rencontrer de jeunes troupes. Il ne s'agit pas uniquement de billets
de train, mais aussi du temps qu'il faudrait pour écumer, grâce à des
institutions comme les D.R.A.C., chaque région. Dépité,
Alexandre Zloto se concentre donc sur la région Ile de France
qu'il traverse tout au long de l'année. En effet, suite à la
sélection des dossiers, Alexandre Zloto s'engage à rencontrer
le « chef de troupe » puis le groupe entier et, également, à suivre
des répétitions sur une période d'environ deux heures. |
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Sortir de « l'image Théâtre
du Soleil » |
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Le fait de travailler sous l'égide du Théâtre
du Soleil amène quelquefois Alexandre Zloto à rencontrer
des groupes pensant qu'il vient de sa part. Dès lors, ces groupes,
marqués par une mythologie entourant le théâtre d'Ariane
Mnouchkine, pensent être sélectionnés en montrant,
lors des rencontres, qu'ils fonctionnent comme un immense laboratoire
de recherche pure. Ils présentent alors une série d'exercices,
ou citent des maîtres comme Grotowski, sans à aucun moment
présenter leur projet. Il ne s'agit absolument pas d'une caricature
mais d'une réalité récurrente, et usante. S'il est
vrai que le Théâtre du Soleil est un modèle de troupe
et d'engagement à suivre, ce groupe défend dans son quotidien
une « certaine idée du théâtre ».
Le Théâtre du Soleil n'est pas une image construite de l'extérieur,
mais un rêve vécu de l'intérieur. |
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Correspondre à « une
certaine idée du théâtre » |
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Qu'est-ce que cette certaine « idée
du théâtre » ? Elle est, en fait, assez
indéfinissable. Elle ne s'explique pas, elle se vit au quotidien,
comme le fait le Théâtre du Soleil, troupe qui existe depuis
plus de quarante ans. Il s'agit de gestes quotidiens, au théâtre
comme dans la vie, d'engagements et de liens qui permettent de se diriger,
ensemble, vers un même but. Correspondre à « une
certaine idée du théâtre », c'est se souder
pour apporter, ensemble, un théâtre respectueux du public
et engagé dans le monde qui nous entoure. Lors des rencontres
avec les troupes pré-sélectionnées, ces éléments
ne passent pas par des mots, mais se ressentent dans la troupe, passent
par une émotion. |
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Une émotion |
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Quand, lors de la première édition, Ariane
Mnouchkine a demandé à Alexandre Zloto de sélectionner
les troupes, il ne savait pas comment choisir. Il s'est alors demandé pourquoi,
lui, avait été choisi par Ariane Mnouchkine. Il a compris
alors qu'elle n'avait pas avant tout été touchée
par son spectacle balbutiant, mais par un esprit de troupe qui correspondait à cette « certaine
idée du théâtre ». Il a donc décidé de
s'en tenir à cela et a tenté, lors des rencontres avec
les compagnies, de ressentir si cet esprit était présent
pour l'ensemble des membres du groupe. Alexandre Zloto devait mettre
le plus possible à profit le temps de découverte qu'étaient
ces rencontres. |
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Les rencontres : un temps de découverte |
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Les rencontres sont un temps de discussion où Alexandre
Zloto, accompagné, cette année, de son assistante Ariane
Bégoin, cherche à savoir d'où vient et comment est
né le projet, quels sont ses rêves. Au fond, ces rencontres
sont très intuitives. Il s'agit d'être touché par
les personnes rencontrées, par leur projet et leur désir.
Ce temps permet de ressentir si chacun des membres accepterait de participer à l'intégralité du
festival, tâches ménagères comprises, car une seule
personne récalcitrante pourrait détruire l'ambiance du
festival.
De plus, à aucun moment Alexandre Zloto et Ariane
Bégoin ne se présentent comme des membres du Théâtre
du Soleil venus juger le travail. Ils n'évoquent pas non plus à tout
bout de champ cette troupe en particulier. Ils tentent, rapidement, de
comprendre ce que les groupes rencontrés connaissent de la vie
d'une troupe en général : l'intérêt de
cette rencontre est ceux qui y sont présents.
Mais ces rencontres portent en elles une certaine frustration
pour Alexandre Zloto et Ariane Bégoin, car ils sentent qu'ils
apportent avec eux une part de rêve à ces troupes sans être
certains de pouvoir la transformer en réalité. C'est également
pour cette raison que la sélection par dossier est très
importante : elle évite les déceptions de part et
d'autre. |
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Avoir le désir de travailler
ensemble sur un long temps |
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L'idée de troupe implique avec elle le désir
pour ceux qui la composent de travailler sur d'autres créations
ensemble. Évidemment, se pose alors la question de la confiance.
Seule la confiance en ces troupes qui disent vouloir continuer à chercher
ensemble permet de les sélectionner. S'il s'avère que ces
paroles n'étaient que des mensonges, qu'en amont, déjà,
le groupe n'avait pour but que de trouver un lieu pour jouer un spectacle,
alors tant pis. L'équipe du festival continuera de faire confiance à la
parole donnée. Quant à la troupe qui n'aura pas respecté son
engagement, elle sera vite repérée par le public, professionnel
du spectacle ou non, et devra alors subir les conséquences de
son abus de confiance.
Par contre, il se peut que cette expérience
amène les groupes sélectionnés à réaliser
qu'ils ne désirent absolument pas continuer ensemble. Il ne s'agira
pas là de mensonges prémédités, mais d'une
découverte importante pour leur avenir. C'est en cela aussi que
le festival a son importance : permettre à chacun de savoir
s'il est sur la voie lui permettant de vivre pleinement son art. |
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Un théâtre engagé dans
son temps |
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Dès la première édition du festival,
Ariane Mnouchkine et Alexandre Zloto ont décidé de choisir
des spectacles qui parlent du monde qui nous entoure, sans pour autant être
didactiques ou manichéens. Ces spectacles devaient porter en eux
une certaine charge de poésie. Quel que soit le mode de création,
que le projet ait pour base un texte pré-écrit, classique
ou contemporain, ou qu'il soit une création collective, le projet
devait parler du monde qui nous entoure, et avoir sa propre forme de
beauté. |
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Accepter l'ébauche : une
obligation imposée à l'équipe du festival |
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Puisque Alexandre Zloto et Ariane Bégoin n'assistent
qu'à des répétitions avant de choisir les troupes,
puisque certains projets naîtront sur les planches même du
festival, puisqu'il s'agit très souvent d'un premier projet en
groupe, alors, le festival prend le risque de montrer aussi des créations
en ébauche, comme Ariane Mnouchkine avait pris le risque de le
faire en choisissant le projet d'Alexandre Zloto sur Macbeth lors
de la première édition. Le titre même du festival, « enfants
de troupes, premiers pas », porte intrinsèquement l'obligation
de donner leur chance à des équipes qui ont besoin d'un
premier coup de main pour commencer à travailler ensemble, sur
scène, en troupe.
En même temps, cette chance qu'offre le festival
n'est ni plus ni moins qu'une des données de base des spectacles
créés par des troupes. Car la troupe porte en elle une
notion d'école qui fait que les exercices qui y sont faits ne
peuvent pas, et même ne doivent pas être à chaque
fois une réussite, sinon cela sous-entendrait que la troupe utilise
des recettes et a cessé de chercher.
Alors, oui, même si cela peut paraître
fou, voire inconscient, nous revendiquons pour ces spectacles le droit
de ne pas être aboutis, de ne pas réussir, d'être
des erreurs monumentales. Mais cela, seule la confrontation avec le public
et la scène peut permettre de le savoir. Sur ce point-là,
le festival prend également le risque de l'humain, en se sachant
l'un des derniers bastions donnant cette possibilité à l'artiste
d'avancer sa recherche et à l'art de continuer à vivre.
En même temps, le festival et son directeur artistique
Alexandre Zloto pensent que le public a le désir de suivre et
d'accompagner ces tentatives. Et que, de toute façon, personne
ne détient la vérité. Il se peut qu'un spectacle
ne semble pas abouti à certains, mais qu'il en enthousiasme d'autres.
Alors, pourquoi les priver de ce plaisir ? |
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Accepter la réalité quotidienne
de la troupe : une obligation imposée aux troupes sélectionnées |
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Être une troupe impose que le geste artistique
se vive au quotidien et non uniquement sur la scène. Sous la responsabilité de
l'équipe du festival, les troupes se voient confrontées à la
réalité d'un lieu à tenir, d'un public à accueillir,
pendant un peu plus d'un mois, et cela en plus de ses neufs représentations
en alternance. Il s'agit là, de leur part comme de la nôtre,
d'accomplir un geste tout aussi militant que celui de décider
de se regrouper malgré l'individualisme imposé par la société.
Ce vécu leur permettra également de savoir s'ils veulent
vivre la troupe jusqu'au bout de ses obligations. |
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