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Paroles d'étoiles, 2025

Lundi 27 octobre 2025 les élèves et anciens élèves de l'option théâtre du collège Châteaubriand de Villeneuve-sur-Yonne, qui viennent régulièrement depuis 2016 s'immerger dans les répétitions des spectacles du Théâtre du Soleil, joue leur propre création Paroles d'étoiles sur le grand plateau, en présence de leur famille et de la troupe du Soleil.

© Jean Claude Lallias, Archives du Théâtre du Soleil
© Jean Claude Lallias, Archives du Théâtre du Soleil
© Jean Claude Lallias, Archives du Théâtre du Soleil
© Jean Claude Lallias, Archives du Théâtre du Soleil
© Jean Claude Lallias, Archives du Théâtre du Soleil
© Jean Claude Lallias, Archives du Théâtre du Soleil

Un spectacle-évènement

Entretien avec Jérôme Rouillon, professeur de Lettres et Théâtre

Comment est né ce compagnon­nage de dix années avec le Soleil ?

Jérôme Rouillon : En 2015, avec un peu d'aplomb, nous avons écrit une lettre à Ariane, avec la complicité de Sylvie Papandréou, chargée des relations publiques, pour lui faire part de notre envie de suivre des ré­pétitions. Nous savions alors que la troupe allait entamer une nouvelle création collective. Je dis "nous" car il s'agit, évidemment, d'une aven­ture collective, depuis le départ.

Comment est né ce projet de spec­tacle sur la Shoah ? 

De notre sidération face à une en­quête publiée en 2019 par la Je­wish Claim Conference selon laquelle une personne sur quatre de moins de 38 ans dit ne pas avoir entendu parler de la Shoah. On dé­cide alors de créer un spectacle ren­dant compte du génocide des Juifs en nous inspirant des méthodes de travail du Soleil: des recherches do­cumentaires, des expérimentations sur le plateau, des "concoctages". Et puis la pandémie et le confinement ne nous ont pas permis de mener à terme le projet. Alors en 2025, dans le cadre du 80e anniversaire de la libération du camp d'Auschwitz, nous avons décidé de nous remettre à l'ouvrage.

Le spectacle est aussi un hom­mage à Ariane Mnouchkine, avec des clins d'œil à sa démarche et à ses créations comme Ici sont les Dragons ?

Notre travail s'est nourri et enrichi au fur et à mesure des répétitions du Soleil auxquelles nous assistions. Pour le fond: le choix d'une ado en quête du passé d'une déportée, notre "Cornélia" à nous ; la pré­sence de sorcières qui s'expriment en yiddish ; des personnages mas­qués pour jouer les responsables nazis; la discussion entre notre ado et Chaplin pour mieux comprendre les événements...
Pour la forme : notre volonté d'être précis par la lecture de témoignages, la visite du camp de Drancy et du Mémorial de la Shoah à Paris; par des essais suc­cessifs sur le plateau; des décors sur roues pour des entées et des sorties dynamiques, qui racontent autant que de longs discours ; une distribution évolutive, où chacun peut essayer tous les rôles...

Nous ne savions pas encore que nous jouerions sous la mythique nef de la Cartoucherie, mais nous voulions être à la hauteur de ce prestigieux partenariat dont nous honore Ariane et sa Troupe depuis 10 ans. Nous voulions que ce spectacle ra­conte aussi l'histoire d'une transmis­sion, un passage de souffle entre une Troupe - curiosité artistique en voie de disparition - et notre établis­sement.

Quelles ont été les "aides" que vous avez eues mais aussi quels ont été les freins, les embûches... ?

Ce n'est pas simple de faire jouer 48 élèves, mêlant des 4e, 3e, 2nd et terminales, répartis sur trois établis­sements éloignés les uns des autres, avec l'ambition de créer un specta­cle original avec des costumes et des décors. J'ai la chance d'être en­touré de collègues talentueux, qui ne comptent pas leurs heures, ac­ceptent de travailler bénévolement les soirs, les week-ends, les va­cances. Il faut aussi un cadre légal: nous avons lutté pour créer et pé­renniser une "Classe à Horaires Aménagés Théâtre" au sein de notre établissement, dispositif qui permet de financer des sorties et l'intervention d'artistes profession­nels. Mais il nous a fallu aussi créer une association culturelle (loi 1901) afin de récolter des fonds au­près de mécènes privés, pour l'achat du matériel nécessaire à la réalisa­tion des décors et des costumes, mais aussi pour endosser la ques­tion de la responsabilité. C'est une aventure collective mobilisant le personnel du collège, les élèves mais aussi les familles.

Quelles ont été les réactions des élèves à cette extraordinaire soi­rée de présentation sur le plateau mythique du Soleil ?

Ils étaient enthousiastes, conscients de la chance qui leur était offerte. Impressionnés évi­demment aussi de jouer devant la célèbre Troupe du Soleil. Émus par le témoignage poignant d'Ariane Mnouchkine au lendemain de la représentation. Ils avaient le souci de bien faire, la volonté de faire im­pression, comme celle qu'ils ont res­sentie en voyant la troupe au travail sur ce plateau mythique, lors de nos nombreuses visites. Ils vou­laient être à la hauteur de leur exi­gence. Et j'ose penser qu'ils l'ont été.

Propos recueillis par Jean-Claude Lallias, Théâtral magazine, janvier-février 2026

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