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  • Au fil des jours
  • Publication du 16/01/2018

Sonia Debeauvais, l'âme des aventures de Jean Vilar, est décédée

Une femme grande, encore très belle. Une femme qui en imposait, mais, si on la connaissait, n'était qu'esprit et malice. Une grande dame du théâtre service public. On la rencontrait au théâtre. À Avignon, bien sûr, même si, avec le temps, elle avait du mal à supporter la canicule. Mais elle avait une telle passion du théâtre et du public, qu'elle n'aurait pour rien au monde raté un festival, même si tout avait bien changé depuis ses débuts.

Sonia Debeauvais était entrée au TNP en 1956. Dès la deuxième année, Vilar l'avait chargée de « conquérir le public ». Jean Rouvet, qui était alors l'administrateur de Vilar, avait lancé des abonnements en 1957 et Sonia Debeauvais fut chargée d'aller vers les comités d'entreprise, les associations.
On était dans les belles années de « l'éducation populaire » et Rouvet et elle, la jeune et si belle Sonia, ont tout inventé : le vrai « théâtre service public » de Jean Vilar avec des accueils chaleureux, des programmes très pédagogiques, l'édition des textes, et cette recherche sans fin d'un public qui n'aurait peut-être pas été de lui-même au théâtre.
Nous reviendrons sur le caractère généreux, l'intelligence de Sonia Debeauvais. Après Pierre Debauche, Jacques Lassalle, c'est une très grande figure du monde du théâtre, en France, qui s'efface. Sa fille Cathy avait épousé Fabrice Luchini. On pense à eux et à leur fille Emma. On pense à Beg-Meil, dans le Finistère sud, où Sonia Debeauvais aimait prendre le frais avec les canicules avignonnaises.

Les obsèques auront lieu le vendredi 12 janvier, à 15h30, au Crématorium du Père-Lachaise.

Armelle Héliot, Le Figaro.fr, 7 janvier 2018

 


Grandmas Project – Frikkadel from Chaï Chaï Films on Vimeo.

 


 

« …/… Nous avons eu de la chance de démarrer au début des années soixante, avec toutes ces fées insolites affairées autour de notre berceau. Des amoureux du théâtre qui n’avaient qu’une seule envie : nous voir naître ! C’est beaucoup plus difficile pour les jeunes d’aujourd’hui.
Tant de gens du métier, alors, donnaient un sourire, une parole d’encouragement. Je me souviens, par exemple, de la gentillesse de Gabriel Garrand qui dirigeait le Théâtre de la Commune d’Aubervilliers. Je n’étais rien, rien qu’une petite jeune femme qui allait dire aux gens : « Voilà, je vais créer une troupe de théâtre, qu’est-ce que je dois faire ? » Il m’a accueillie longuement, pour finir par cette recommandation : « N’oubliez pas, dans ce métier, la solitude c’est la mort. » Il avait raison.
Après, nous sommes allés voir Sonia Debeauvais qui travaillait au TNP auprès de Jean Vilar. Elle est restée avec nous jusqu’à la nuit tombée, à nous expliquer ce que c’était que les relations publiques, comment il fallait concevoir les affiches, organiser la billetterie, etc. Et surtout à nous raconter Vilar. Elle n’a jamais cessé depuis.
Il y avait alors des gens qui prenaient le temps de s’occuper de nous, de nous éduquer, de nous donner quelques conseils essentiels pour aborder le continent théâtral. Maintenant, quand les jeunes jouent, il faut qu’ils donnent je ne sais combien de coups de téléphone pour qu’un programmateur finisse par ne pas se déplacer…/… »

Extrait de L’Art du Présent, entretiens avec Fabienne Pascaud
© Actes Sud, coll. Babel, 2016

 


Sonia Debauvais, extrait de "Ariane Mnouchkine, l'aventure du Théâtre du Soleil" réalisé par Catherine Vilpoux © ARTE, 2009 / Théâtre du Soleil / Vimeo.