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1789 Naissance d’un spectacle - Naissance d’un film

 

 

Naissance d’un spectacle

             Le travail de recherche sur « 1789 » s’est fait à partir de données précises et multiples : connaissances des événements par des cours d’Histoire, lectures individuelles, projections de films à la Cinémathèque. Cependant, il fallait, s’agissant de personnages historiques, éviter de tomber dans le piège de l’identification, aussi bien pour le comédien que pour le spectateur. Le metteur en scène a donné alors l’idée de départ : le Théâtre du Soleil joue un spectacle donné par les bateleurs de 1789, qui, à tout moment, doivent être susceptibles de porter un jugement critique sur le personnage qu’ils incarnent. Cette démarche par rapport au spectacle en devenir, appelait une véritable création collective qui tendait nécessairement à transformer le rôle du metteur en scène. Il s’agissait moins, désormais, d’imposer que de sentir et de pressentir. Il fallait être non seulement le spectateur attentif et inconditionnel, mais aussi assurer la fidélité à la lecture politique des événements. Sélectionner les textes historiques importants, articuler les improvisations les unes aux autres, et enfin aider à s’accomplir tout ce qui n’était parfois qu’ébauché dans les recherches des comédiens.

            Avec « 1789 », il nous a été possible, pour la première fois, d’adopter une même démarche pour l’ensemble des techniques nécessaires à l’élaboration du spectacle. Ainsi, de même que sur le plan de l’improvisation, la plus grande liberté, la plus totale disponibilité étaient laissées aux comédiens, de même le travail de l’équipe technique pour l’élaboration du décor, ou de l’équipe « costumes » ou encore des éclairages n’a pas été conçu « a priori », mais a constamment évolué au fur et à mesure des répétitions.

            Pour la première fois, nous avons pu concevoir une maquette grandeur nature, qui permettait d’expérimenter les différents problèmes : hauteur idéale des tréteaux pour les spectateurs debout, nombre d’aires scéniques. Moyens de les relier les unes aux autres.

            De même pour les costumes, le travail des maquettistes n’a pas  été la traditionnelle confection de maquettes d’après des documents d’époque : les comédiens avaient à leur disposition dès la première répétition tout un lot de costumes des spectacles précédents, costumes achetés chez des fripiers, lot de costumes du Français ou de films dans lequel ils puisaient selon leur fantaisie pour les besoins de leur silhouettes en fonction des personnages improvisés. Ils se « déguisaient » comme font les enfants qui jouent aux corsaires… le travail des maquettistes était alors de se servir des formes, des couleurs, des matières suggérées par les comédiens pour fixer les costumes définitifs, tous ou presque consolidés, retravaillés.

 

Naissance d’un film
 
           Dans la volonté de faire un film de « 1789 », il y a certainement le désir de lutter contre l’éphémère qui est le propre du moment théâtral. Un spectacle, comme un être humain et quoi que l’on fasse, a ses jours comptés et il peut se faire qu’il disparaisse avant d’avoir touché tous ceux qui désiraient cette rencontre, ou tous ceux qui, ne pouvant pas la trouver au théâtre, sauront la trouver au cinéma.

           In extremis, trois semaines avant la fin du spectacle, la possibilité nous a été offerte de réaliser notre premier film. Il fallait durant ces treize dernières représentations, au milieu de 900 spectateurs (il était inconcevable de séparer public et acteurs), travailler pour un regard privilégié se trouvant à chaque instant à l’endroit le plus favorable, témoin à la fois de la représentation donnée à tous et de ce qui, si souvent  reste secret : le travail en coulisses. Pour nous, ce film est donc un moyen de diffuser le plus largement possible le propos politique et historique du spectacle et un témoignage sur un certain théâtre en train de se faire.