Le professeur Boubous et les problèmes posés par un spectacle sur une musique (1925)

Tout cela confronte l’acteur à la nécessité de revoir ses techniques de jeu. Quand il n’y a pas de musique, le jeu de l’acteur devient plus simple. Pourquoi ? Parce qu’alors, justement, ce moment n’existe pas. Donc, je m’occupe seulement du costume, du raccourci, d’un truc à déclamer. Mais quand vient la musique, ouvrez les portes, cassez les vitres, faites tout pour que cette musique se déverse sur scène et proclame qu’elle y a droit de cité en tant que nouvel élément. Qui donc doit lui faire une place ? L’acteur. Qui peut nous enseigner la manière de le faire ? II n’y aurait, évidemment, qu’un seul moyen possible : vous offrir à tous des billets pour Tokyo ou Shangaï, car ce sont des villes où l’ancien théâtre japonais et l’ancien théâtre chinois subsistent ça et là. II est dommage que Sadda Yacco soit morte. Elle était extraordinaire. Hanako, autre représentante de cette école, n’est pas aussi bonne /lacune du sténogramme/. Par exemple, Sadda Yacco prononce un monologue dans lequel elle doit exprimer l’extase. L’actrice doit faire sentir l’approche de certains événements, et elle commence à parler avec une fièvre et un élan extraordinaires. Mais comme elle ne déclame pas, ça ne semble pas suffisant, alors elle y ajoute une gestuelle ; mais c’est encore trop peu, alors, voici ce qu’elle fait elle fait monter son extase jusqu’à un certain degré, et elle commence à se mouvoir selon la musique. Alors, le public s’exclame : " Ah, voilà jusqu’où elle va, elle se met même à danser, quel art ! " Par ce moyen elle a envoûté le public. Non pas par ses mots, ni par sa mimique, ni par ses raccourcis, mais bien quand elle a joué sur fond d’orchestre.
Vsevolod MEYERHOLD
Extrait de " Le professeur Boubous et les problèmes posés par un spectacle sur une musique ", in Ecrits sur le théâtre, vol. 2, L’Age d’Homme, Lausanne, 1975, p. 148
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