Voici quelques références sur le Cambodge.
Nous avons largement puisé dans la bibliographie proposée par Laure de Vulpian pour ses émissions "Cambodge : le pays des tigres disparus" diffusées sur France Culture.
Phnom Penh, mars 2009.
Kaing Guek Eav, plus connu sous le nom de Douch, responsable de la torture et de la mort de plus de 12 000 victimes à la prison de Tuol Sleng (S-21), est seul derrière une vitre insonorisée : seul face à la justice internationale, seul face aux familles de ses victimes, seul peut-être plus que tout face à lui-même, à l’étendue d’un crime impossible à sonder, impossible à pardonner. Le maître des aveux est une saisissante évocation de son destin, mais aussi de l’étonnante « comédie humaine », tour à tour bouleversante et déroutante, qui s’est déroulée autour de son procès.
Thierry Cruvellier est le seul journaliste français qui a assisté à la totalité de ce procès, du premier au dernier jour, qui a vu un événement remarquable et peu noté : pour la première fois devant un de ces tribunaux, un accusé qui reconnaissait sa responsabilité personnelle dans des crimes innommables, plaidait coupable et demandait pardon aux victimes, était à la barre pendant six mois à essayer d’expliquer et de s’expliquer.
Ce procès allait-il se dérouler à contre-courant des attentes et apporter enfin, pour la première fois, apaisement aux victimes ? Allait-il dessiner la figure d’un bourreau « différent » ? Allait-il jouer ce rôle toujours attendu et jamais réalisé de « procès pour l’histoire » ? C’est la tragédie particulière, jusqu’à son coup de théâtre final, du procès du génocide khmer rouge qu’il n’en ait, en fait, rien été, et que le bouleversement des rituels attendus ait provoqué des moments d’une intensité exceptionnelle, des scènes d’une émotion considérable, des joutes médiocres et magnifiques – et au final une amertume profonde chez tous les acteurs de cette pièce.
Il fallait pour écrire ce livre un ensemble de qualités presque impossible : une connaissance, une expérience, une discrétion, mais surtout, tout simplement un talent doublé d’une humanité profonde.
Thierry Cruvellier, Le Maître des aveux, Gallimard 2011
1971. L’ethnologue français François Bizot est arrêté au Cambodge par les Khmers rouges : détenu pendant trois mois et condamné à mort, il est libéré grâce à l’intervention de son geôlier, un jeune révolutionnaire idéaliste du nom de Douch. 1988. En visitant l’ancien centre de torture de S21, Bizot découvre que son "libérateur" est responsable de la mort de milliers de personnes. 2003. Bizot revoit Douch pour la première fois. Un étrange dialogue se poursuit au-delà de leur rencontre, où Douch s’expose avec une sincérité déroutante. 2009. Au procès des Khmers rouges, dont Douch est à ce jour l’unique accusé, Bizot est le seul témoin convoqué par la Chambre. Dans une déposition bouleversante, dédiée à la mémoire de ses compagnons disparus, il expose la tragique interrogation qui est au centre de sa vie, comment reconnaître les crimes des bourreaux dans toute leur dimension sans mettre en cause l’homme lui-même ? Comment faire face à Douch sans nous regarder dans le miroir ? Le silence du bourreau retrace les différentes étapes du dévoilement intérieur, douloureux, jamais achevé, par lequel une innocence est perdue pour toujours. Ce récit personnel, d’une intensité égale à celle du Portail, rejoint la collection très limitée des oeuvres écrites face à l’extrême, et qui nous permettent, dans la lucidité et la terreur, d’instruire cet éternel dossier que Romain Gary appelait "l’Affaire Homme".
François Bizot, Le Silence du bourreau, Flammarion, 2011

Les geôles khmers, les interrogatoires, les fausses exécutions, voilà ce qu’a vécu François Bizot, ethnologue français, en 1971. Dans un ouvrage à la langue splendide, il livre un récit qui a le mérite de ne pas être manichéen ou strictement accusateur. Avant de raconter sa détention, il décrit poétiquement les charmes d’un pays puis raconte les jours terribles de ses trois mois de captivité, notamment sa confrontation, les fers aux pieds, à Douch, aujourd’hui jugé pour crime contre l’humanité.
François Bizot, Le Portail, Table ronde, 2001 /Gallimard, 2002
"Henri Mouhot poursuit un papillon, son filet à la main, se cogne la tête, lève les yeux, découvre les temples d’Angkor. C’est l’année zéro de ce récit.
Pavie fait élever le tombeau de Mouhot à Luang Prabang, ouvre à Paris l’École cambodgienne, conseille le futur roi Monivong auquel succède Sihanouk, renversé par Lon Nol, lui-même chassé par Pol Pot. C’est une histoire brève, et française, de Mouhot jusqu’aux Khmers rouges.
Pour l’écrire, le narrateur entreprend de remonter le fleuve Mékong sur les traces du La Grandière, depuis son delta jusqu’aux frontières de la Chine."
Entretien filmé avec Patrick Deville sur le site des Editions du Seuil
Patrick Deville, Kampuchéa, Seuil 2011
"Le Cambodge, qui était à la fin des années soixante, sous l’égide du prince Sihanouk, un petit royaume aussi neutre et équilibré que pouvait l’être dans l’Asie en guerre un Etat faible impliqué dans les intrigues et les ambitions des superpuissances, est entré depuis dix ans dans une agonie à répétition - de l’invasion américaine de 1970 à l’oppression par la plus terrifiante caricature du marxisme jusqu’en 1979, et maintenant à l’occupation vietnamienne et à la famine.
Où situer l’origine de ce génocide permanent ? Le 18 avril 1970, date de la destitution du prince Sihanouk ? Le 30 avril suivant, jour de l’entrée au Cambodge des troupes américaines et sud-vietnamiennes pour sauver les "vainqueurs" du 18 mars ? Il serait trop simple de faire de la tyrannie des Khmers rouges et de l’invasion vietnamienne de 1979 les simples produits de l’intervention américaine. Mais en montrant dans cette Tragédie sans importance comment la foudre déclenchée par Nixon alluma l’incendie, William Shawcross s’attaque hardiment à la racine des maux cambodgiens. Et aussi des maux américains : car ce qui est en cause ici, avec la survie d’un peuple, c’est celle d’une démocratie corrompue par le machiavélisme élémentaire dont l’affaire du Watergate devait révéler la sinistre banalité.
Un superbe livre que doivent lire aussi bien ceux qui veulent savoir comment et pourquoi est assassiné un petit peuple d’Asie que ceux, plus nombreux encore, qu’intéresse et inquiète le fonctionnement de la démocratie et de ses mécanismes de contrôle dans la nation qui importe plus qu’aucune autre à la paix du monde. "
Jean Lacouture
William Shawcross, Une tragédie sans importance, Balland France Adel, 1980

"Entre 1975 et 1979, au Cambodge, périssent près de deux millions de personnes, soit un quart de la population, victimes directes et indirectes des autorités du Kampuchea démocratique, plus connu sous le nom de régime des Khmers rouges. La folie meurtrière des " années Pol Pot " reste inscrite dans les courbes des démographes, et les traumatismes psychologiques qui en résultent continuent d’affecter des dizaines de milliers de Cambodgiens. Comment comprendre ce qui s’est passé précisément durant les trois années, huit mois et vingt jours d’existence de ce régime figurant parmi les plus barbares qu’ait connu le XXe siècle ? Derrière ces atrocités, il y eut des institutions, des hommes, une idéologie, et un contexte historique et politique. Cette tragédie connut une genèse et une logique ; elle eut également des suites, marquées notamment par la relative impunité dont ont bénéficié ces responsables. L’histoire du mouvement ne s’arrête pas en 1979 : après la chute du régime, la communauté internationale persiste pendant plus de dix ans à le reconnaître comme seule autorité légitime du Cambodge, et les derniers Khmers rouges ne déposent les armes qu’en 1998, année de la mort de Pol Pot. Ce n’est qu’aujourd’hui, près de trente ans après les faits, qu’on juge les responsables. Ce dictionnaire, avec ses 370 entrées et son abondante iconographie, offre les clefs nécessaires au décryptage de cette histoire. Solomon Kane procède ici à une véritable anatomie du totalitarisme khmer rouge. Ce travail sans précédent dissèque les rouages du mouvement, élucide le parcours des protagonistes, cartographie un territoire soumis à la terreur et met au jour les ressorts et les séquelles de cette aventure funeste. En perçant le secret et l’hermétisme entretenus par les Khmers rouges à propos de leurs pratiques, ce dictionnaire contribue efficacement à éclaircir l’une des questions fondamentales du contemporain qu’est-ce qu’une administration politique criminelle ?"
Solomon Kane, Dictionnaire des Khmers rouges, Aux Lieux d’être, 2007, 460 p

Cette revue a édité un numéro hors-série sur ART FACING THE EXTREME, travail de mémoire autour du génocide cambodgien. Elle contient également deux articles sur le travail en cours du Théâtre du Soleil et Phare Ponleu Selpak à Battambang, écrit par Hélène Cixous, et Ashley Thompson, initiatrice du projet, maître de conférence à l’Université de Leeds, et spécialiste de l’histoire culturelle Khmère.
revue Art Absolument, "Cambodge, mémoire de l’extrême".

Le Centre de ressources audiovisuelles Bophana de Phnom Penh, animé par le cinéaste Rithy Panh, a accueilli en 2008 et en 2009 des ateliers de création graphique destinés à de jeunes plasticiens du Cambodge et dirigés par deux créateurs rescapés du génocide, Vann Nath et Séra. A partir des archives du Centre et grâce au dialogue avec leurs aînés, ces jeunes artistes sont parvenus à exprimer le drame dont tout leur pays porte encore les traces, un drame qu’ils n’ont pas eux-mêmes connu, mais dont leurs oeuvres constituent une mémoire vivante. Ce livre et le DVD qui l’accompagne racontent leur histoire.
Cambodge, l’atelier de la mémoire, catalogue de l’exposition, assorti d’un DVD (Sonleuk Thmey Editions).

L’Histoire terrible et inachevée de Norodom Sihanouk, roi du Cambodge, réédition 2010 revue et augmentée, assortie du CD de la musique originale du spectacle par Jean-Jacques Lemêtre. Edition du Théâtre du Soleil.
Le texte existe aussi en anglais (University of Nebraska Press) et prochainement en khmer (Sonleuk Thmey Editions).
Dans cet ouvrage, Françoise Quillet revient amplement sur la création de Sihanouk au Théâtre du Soleil en 1985.
L’Orient au Théâtre du Soleil, Françoise Quillet, éditions L’Harmattan, 1999.
Nous vous conseillons également la visite régulière du site Les carnets de Phnom Penh, le Cambodge à l’heure des procès contre les Khmers rouges..
