Ses talents de peintre l’avaient sauvé de l’enfer khmer rouge au Cambodge. Mais c’est des suites de son enfermement à S-21 qu’est mort hier Vann Nath, l’un des rares survivants du centre de détention établi à Phnom Penh par le régime Pol Pot entre 1975 et 1979. Là, il vécut douze mois d’effrois à personnifier la propagande dans des portraits en pied de Frère numéro 1. Il a tout vu des supplices et des centaines de personnes "écrasées" et affamées par Douch, le directeur de S-21. "On mangeait des insectes tombés du plafond, dira-t-il au procès du bourreau en 2009. On dormait et faisait nos besoins au même endroit, parfois au milieu des cadavres. La faim et la soif m’obsédaient. J’envisageais même de manger de la chair humaine". Ce sage aux insondables absences-silences nous avait confié être "mentalement mort à S-21" (Libération du 22 janvier). Il riait quand on évoquait les repentirs larmoyants de Douch. A la chute des Khmers rouges en 1979, il avait commencé à témoigner dans des toiles au réalisme brut. Pour tenir la promesse faite à ses codétenus mort à S-21. Il aurait voulu "devenir bonze et vivre en marge car (il) trouvait la vie humaine compliquée". Il avait 65 ans.

Libération, 6 septembre 2011.