Vestige / Willawood / Yeux / ShéhéraZade

par Françoise Lauwaert

Cette retranscription d’entretiens conserve un style très oral, nous vous remercions pour votre indulgence !

Les phrases en italique ont été prononcées lors des répétitions.

Les astérisques indiquent les mots faisant partie de l’abécédaire.

VESTIGE

ARIANE MNOUCHKINE (à Françoise Lauwaert, à propos de sa présence en tant qu’éthnologue)  : C’était comme si nous allions être les Indiens d’Amazonie et que tu allais venir nous « étudier », et ça m’intéressait beaucoup. Mais au fond, ça n’a pas été tout à fait cela. Je me disais que comme les Indiens d’Amazonie, nous étions une sorte de vestige et peut-être en même temps à l’avant-garde. Les Indiens d’Amazonie sont à la fois un vestige et aussi à l’avant-garde d’une certaine attitude écologique. Je trouvais ça drôle qu’une ethnologue vienne et nous étudie comme une ethnie étrange.

FRANÇOISE LAUWAERT  : C’est une chose que j’aurais pu faire, mais ce n’était pas tout à fait mon propos. C’était effectivement tentant, surtout le fait que vous soyez une troupe. Une troupe qui a une histoire et qui travaille avec l’Histoire.

WILLAWOOD

CHARLES-HENRI BRADIER (assistant d’Ariane Mnouchkine)  : En Australie*, on n’a pratiquement pas vu Ariane. Elle était tous les jours dans les camps de détention de réfugiés, à Willawood notamment à côté de Sidney. Elle était partie en disant : « je ne veux pas perdre mon temps, j’ai besoin de voir si là-bas existent aussi des destins d’hommes et de femmes réfugiés, si je peux en rencontrer. » Et elle a découvert la situation australienne*, qui était bien pire que la situation européenne pour le droit d’asile.

YEUX

Ariane (tout le temps) : Je dois voir vos yeux !

DUCCIO BELLUGI-VANNUCCINI : Il faut voir les yeux en dessous, derrière le masque.

Ariane (04-11-02) : Ceux qui passent et réussissent à monter dans le train, on les voit dans les yeux de ceux qui restent.

ELENA LOUKIANTCHIKOVA-SEL : En Russie, j’ai travaillé sur la dernière guerre mondiale et les camps de concentration nazis, et à Moscou, j’ai rencontré un homme qui était là-bas. Il a commencé à raconter comment c’était, et tout à coup, cette histoire vivante qui vient des yeux, ces choses qu’on a déjà entendues... tout à coup je n’en pouvais plus. Il y a quelque chose qu’on ne peut pas oublier, ça rentre. Et à ce moment-là, j’ai compris ce que c’est que l’histoire vivante. C’est quand quelqu’un te dit les choses les yeux dans les yeux.

SHÉHÉRAZADE

SHAGHAYEGH BEHESHTI (SHASHA) : Moi, toutes les trois cents et quelque improvisations sont dans mon cœur. Très souvent entre nous, on a petit rituel*, on essaye de se remémorer, de sortir des tiroirs de l’oubli une improvisation et elles nous reviennent en pleine mémoire. Ça nous aide beaucoup pour le spectacle, parce que c’est une toute petite partie qui est là, et pour nous, c’est mille et une nuits, et les Mille et une nuits correspondent avec le présent. Chaque scène qu’on voit correspond à quelque chose d’invisible qui pour nous est derrière et qui a un lien direct. Chaque personnage a été dans quinze épopées*. On en voit une, il y a les quatorze autres.


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