Programme

Nos mauvais sangs

« Le sang (…), une fois sur le sol,
Il est bien difficile de le faire remonter, popoï !
Le rapide liquide qui est versé à terre s’en va ! »

Les Euménides
v. 261-263

Le sang versé ne se reverse pas. Irréversible est la perte du sang répandu par l’assassinat. C’est cette irréversibilité qu’Eschyle chantait et dénonçait.

Non réversible pour la victime. Ni effaçable pour l’assassin. Non, tous les parfums d’Arabie n’adouciront point la petite main qui a tué. Les mains des Macbeths plus jamais ne seront purifiées. Aujourd’hui encore elles sentent le sang innocent.

Au bord de la rouge rivière au destin angoissant se sont penchés tous les poètes impuissants à retenir la vie qui s’en va, et ils regardaient courir, de siècle en siècle, le fil de l’horreur tragique. Entendez-les gémir l’hymne indigné, Eschyle, Shakespeare, Balzac, Hugo, affreusement fascinés par les carnages dont l’homme est l’auteur, avec la cité. Dans les rues on enfonce jusqu’aux chevilles dans la boue rouge.

Le sang comme il se glace, bout, tourne, monte à la tête, inonde, noircit.

Le sang nous le prenons pour l’âme substantielle, le principe vital qui fait le tour de notre pays intérieur, la part de nous qui doit rester cachée et que l’on peut nous arracher.

Le sang aux religieuses propriétés, celui qui a un prix, celui qui, versé sur l’autel selon les rites, a le pouvoir de racheter crimes et péchés.

Le sang que l’on appelait pur, que l’on prétendait bleu et ne pouvoir mentir, le sang qu’il fallait préserver dans ses frontières et ne pas mêler.

Le sang aujourd’hui toujours le voilà décoloré et recoloré et porteur de mauvaises pensées et de mauvais souvenirs. On dit : « le sang », et pour notre malheur, voilà le premier mot du racisme.

Pauvre sang, ta figure communique avec les pires fantasmes de notre siècle. On dit « sang » et aussitôt s’agglutine au vieux mot de vie le mot « contaminé ». D’une part le sang est contaminateur, d’autre part le sang est contaminable et contaminé. Par le sang passent, sauvages, notre amour et notre haine. Certains sangs sont déclarés d’avance haïssables, ils pourraient infecter les sangs des nobles races. Là-dessus, pour couronner l’histoire du liquide précieux, voilà que par lui nous arrive le fléau du Sida.

Ici, on se rappelle qu’un certain Monsieur Machin a associé le Sida aux juifs. La peur de la contamination par le Sida est, on le sait, un réflexe antisémite. Qui touche au mythe de la pureté du sang ? Le Sida, le juif, le noir... On part en croisade contre les croisements ! Chacun son sang !! Comme elle est largement répandue et insidieuse la peur de la contamination du sang par le sang !

Mais par contre, les mêmes effrayés n’ont pas très peur de la contamination de l’âme par les mauvais exemples et les mauvaises fréquentations. Contre la peste morale on ne prend pas beaucoup de précautions. On voit ces gens pressés par le goût des poisons, dont ils raffolent, - je veux parler de l’or et du pouvoir - se presser aux banquets où sont servis à foison les mets qui droguent leurs ambitions.

Mais il y a une odeur aigre dans les rideaux de ces palais, - vous la reconnaissez ? C’est la « pourriture des royaumes ». Celle que l’on sentait au royaume de Danemark. Une telle puanteur c’est un cri. C’est ce cri qui réveille bien des personnages de notre pièce. Certains, comme les Erinyes dormaient sous la terre depuis cinq mille années, d’autres depuis huit jours à peine. Un cri d’horreur, d’alarme, de révolte.

Nous en sommes témoins, on peut réduire en poussière des millions de créatures humaines pendant des dizaines et des dizaines d’années, et la terre bourrée d’assassinés, ne tremble pas. On n’entend pas des millions de cris. Jusqu’au jour où soudain un cri perce les lourdes couches de silence. Celui d’un enfant terrassé peut-être ? Ou d’une mère frappée par un malheur inouï ? Et c’est la fente dans la muraille.

Voici l’histoire : un jour, des agneaux apprennent à leur corps défendant que leurs bergers étaient des loups. Blessés, perdant leur sang, ils agonisent. Quoi, ceux qui les soignaient les ont tués ? Non ?! Si ! Qui peut imaginer cela ? Nous mêmes qui voyons les victimes s’éteindre une à une, c’est avec crainte et stupéfaction que nous sommes contraints d’admettre le pire : des bergers égorgeurs.

Et comment et pourquoi un crime si impensable ? Surtout dans nos pays fièrement avancés, et où la mode est à répéter le mot « éthique » toute la journée ?

Et si ce crime étrange et monstrueux était justement né de notre époque ? Justement des nombreuses injustices et injustesses enchevêtrées de notre propre temps ? N’est-il pas le symptôme de la nouvelle maladie du royaume ?

Tous les parfums de l’Arabie n’adouciraient pas les blanches mains souillées. Mais dans nos royaumes certains ont peut-être inventé les moyens de dévitaliser les nez.

Mais ceci n’est pas une fable.

HÉLÈNE CIXOUS

GLOSSAIRE

ATHÉNA

(Bonnard) : « La Vierge guerrière n’a pas de mère, ou à peine. Zeus ayant un jour avalé l’une de ses femmes, Métis - dont le nom veut dire Sagesse - en conçut un grand mal de tête. Il fit venir son fils le forgeron et le pria de le soulager en lui fendant le front d’un coup de hache. Héphaistos obéit, levant à deux mains son outil et frappant de toute sa force. Alors, de la tête immortelle de Zeus, jaillit une grande fille impétueuse qui, poussant un cri formidable, se mit à danser toute en armes (…)

Athéna-Pallas réside dans les acropoles. Son Palladium - talisman tombé du ciel - rend invincibles les forteresses. Quand le peuple d’Athènes doit céder à la force, que l’ennemi prend possession du sol, c’est à la gardienne Athéna, non à l’occupant, qu’il remet par décret le territoire de la république. Athéna est la déesse des cités et des fédérations. Elle guide les communautés politiques. Elle inspire les conseils de l’État, les assemblées de citoyens, les tribunaux. La Persuasion est sur ses lèvres et gouverne dans la concorde. Sa justice est humaine. Elle impose à tous des formes légales. Elle répudie la vendetta et la loi du talion. Elle proportionne la peine à la faute.

Sur une colline d’Athènes, elle a fondé le premier tribunal où des citoyens, au nom de la cité, jugèrent un citoyen. Elle présidait le jury. Oreste sera-t-il livré aux Erinyes pour avoir, sur l’ordre d’un dieu, vengé son père en versant le sang de sa mère, qui avait assassiné son époux ? Les voix du tribunal se partagent également. Athéna vote pour l’acquittement d’Oreste (…) »

LE CHŒUR DES ERINYES
Et dans mon chant pour cette terre
Que dois-je invoquer ?

ATHÉNA
Tout ce qui veille à une victoire qui ne soit pas mauvaise,
Les choses qui viennent de la terre, et de la rosée marine,
Et du ciel. Et les souffles des vents
Qui soufflent avec un bon soleil
En approchant de ce pays.
Que le fruit débordant de la terre et du bétail
Ne se lasse pas avec le temps à force de fleurir pour les citoyens,
Que les semences des hommes soient préservées.
Quant aux impies, puisses-tu les emporter au loin,
Car j’aime, à la façon d’un jardinier,
Que la race des justes, à cause d’eux, ne soit pas affligée.
Telles seront tes invocations.

Eschyle, Les Euménides

CONSCIENCE

(Littré) 1. Sentiment de soi-même ou mode de la sensibilité générale qui nous permet de juger de notre existence. Rousseau  : « La conscience est le sentiment intime, immédiat, constant de l’activité du moi dans chacun des phénomènes de sa vie morale. » Dictionnaire des Sciences Philosophiques  : On pourrait définir la conscience comme le sentiment du moi dans tous les domaines de la vie morale.

2. Témoignage ou jugement secret de l’âme qui donne l’approbation aux actions bonnes et qui fait reproche des mauvaises ; ou, autrement, mode d’émotion de l’ensemble des instincts bienveillants et désintéressés, ensemble qui porte aussi le nom de sens moral. La voix de la conscience.
Bossuet : « Elle lui pardonna son crime, le livrant pour tout supplice à sa conscience. »
Sur mon honneur et sur ma conscience  : serment qui prononce le chef du jury avant de lire le verdict.
Sur ma conscience, en ma conscience, en conscience  : sorte de serment familier.
Avoir sur la conscience : répondre de.
Avoir les mains pures et la conscience nette  : être irreprochable.
Etre homme de conscience  : être incapable de forfaire à l’honneur, à la probité.
N’avoir point de conscience, être sans conscience : ne se faire scrupule de rien.
Se faire une affaire de conscience : regarder comme un devoir.

3. Terme de religion. Le sentiment des fautes commises. Faire son examen de conscience.

4. La région du cœur considéré comme le siège de la conscience, ne s’emploie en ce sens que dans les locutions suivantes : mettre la main sur la conscience, s’examiner de bonne foi.

Etymologie (Gaffiot) :
Conscientia, cum - scientia
. Connaissance de quelque chose partagée avec quelqu’un, connaissance en commun. Claire connaissance qu’on a au fond de soi-même, sentiment intime. Au sens moral : sentiment intime de quelque chose, claire connaissance intérieure. Sentiment, avec idée de bien, de mal.

« Chacune de ces voix prenait à son tour la parole, et chacune à son tour disait vrai. Comment choisir ? Chacune à son tour semblait trouver le point de sagesse et de justice, et disait : Fais cela. Etait-ce cela qu’il fallait faire ? Oui. Non. Le raisonnement disait une chose. Le sentiment en disait une autre ; les deux conseils étaient contraires. Le raisonnement n’est que la raison, le sentiment est souvent la conscience. L’un vient de l’homme, l’autre de plus haut. » Victor Hugo, 1793

CONTAMINATION

(Littré) 1. Toucher au sens physique et au sens moral. 2. Souiller par contact, employé surtout au sens moral. 3. Qui touche à, proprement toucher à. 4. Contact. 5. Contagion.

Etymologie (Gaffiot) :
Tangere
 : 1. Toucher, toucher à : prendre, goûter, manger. Atteindre. Frapper : porter la main sur, séduire une jeune fille. Imprégner, mouiller. 2. (Fig.) Duper, attraper. Toucher, piquer par une raillerie.
Contaminare  : Mélanger, mêler. Souiller par contact. Corrompre.
Cicéron : « Contaminare veritatem mendacio ». « Altérer la vérité par un mensonge. »
Contingere : Toucher, atteindre. Infecter, contaminer.
Contagio : Contact. Contagion, infection. Influence pernicieuse.

CYNISME, CYNIQUE

(Littré) 1. Terme de médecine peu usité, spasme cynique : mouvement convulsif des joues par lequel les lèvres s’écartent de manière à laisser voir les dents comme un chien irrité. 2. Philosophe cynique. Descartes : « Les cyniques étaient mordants et sans pudeur. » (…) Ils reprochaient aux autres leurs défauts sans garder aucun ménagement, ajoutant même à leurs reproches un air de mépris et d’insulte ; c’est ce qui, selon quelques-uns, leur fit donner le nom de cyniques, parce qu’ils étaient mordants et qu’ils aboyaient contre tout le monde comme des chiens. » D’Holbach  : « Souvent sous le manteau du cynique et du stoïcien, sous les apparences du désintéressement, du mépris des grandeurs, de la louange, des plaisirs, nous ne trouverons que des âmes bileuses, rongées par l’envie, dévorées d’ambition, embrasées du vain désir d’une gloire usurpée toutes les fois qu’on ne la doit point aux avantages réels qu’on procure à la société. » Condillac  : « Les railleries, les satires, les invectives furent leurs armes et ils ne ménagèrent personne. Voilà le caractère d’esprit qui était commun à tous les cyniques. » Condillac : « Tout dégénère et surtout les vertus portées à l’excès ; d’ailleurs comme il est plus aisé de les contrefaire, cette secte parut appeler à elle tous ceux qui, sans mérite, furent ambitieux de se faire un nom ; les cyniques passèrent donc du mépris des vices au mépris des mœurs et des bienséances ; ils devinrent impudents, ils mirent la sagesse à ne rougir de rien. »

Étymologie : du grec kunikos, kuôn, kunos : chien.

ÉRINYES

Les Erinyes, appelées aussi les Euménides (c’est-à-dire les « Bienveillantes », d’un surnom destiné à les flatter, et par conséquent à éviter d’attirer sur soi-même, en les nommant d’un nom odieux, leur redoutable colère) sont des déesses violentes, que les Romains identifièrent avec leurs Furies. Elles sont nées des gouttes du sang dont la mutilation d’Ouranos imprégna la terre. Elles appartiennent par conséquent aux plus anciennes divinités du panthéon hellénique. Ce sont des forces primitives, qui ne reconnaissent pas l’autorité des dieux de la plus jeune génération. (…) Primitivement, elles sont en nombre indéterminé. Puis, leur nombre se précise, ainsi que leurs noms : on en connaît généralement trois, Alecto, Tisiphoné et Mégère. A la main, elles tiennent des torches ou des fouets. Souvent, on les compare à des « chiennes » (…). Leur fonction essentielle est la vengeance du crime, tout particulièrement ceux commis contre la famille. (Grimal)

Eschyle raconte dans Les Euménides l’histoire d’Oreste, le matricide, que les Erinyes poursuivaient de leur colère afin de venger le meurtre de sa mère Clytemnestre. Athéna, la jeune déesse, changera à jamais le cours de l’histoire et de la Loi en fondant le premier tribunal. C’est ainsi qu’Oreste a droit au premier procès devant un vrai tribunal. Lors de ce procès, les Erinyes sont déboutées et Oreste acquitté. Athéna calme la colère des antiques déesses. Celles-ci consentent à demeurer désormais sous la terre. Dorénavant, on vivra dans une communauté de droit, en haut Athéna, en bas les Erinyes devenues bienveillantes...

HIPPOCRATE

Hippocrate est né dans l’île dorienne de Cos, en Asie Mineure, en 460 av. J.-C., il est contemporain de Socrate. Son père, Heraclidès, était médecin et appartenait à une famille d’Asclépiades, c’est-à-dire, une famille qui prétendait descendre réellement d’Asclépios, le héros de Tricca, devenu dieu de la médecine. Fils d’Apollon, celui-ci, dit une tradition constante, avait appris l’art médical de son père lui-même et du Centaure Chiron, et lors de l’expédition contre Troie, Machaon et Podalire, ses deux fils, servirent comme médecins dans l’armée grecque. Comme c’était alors la règle, c’est dans sa famille qu’Hippocrate apprit la médecine, avant de voyager comme tant de médecins itinérants grecs. Hippocrate vécut ses dernières années en Grèce du Nord et il serait mort à Larissa, très âgé. Il acquit de son vivant une exceptionnelle renommée, qui lui vint de ses succès thérapeutiques, d’une certaine vision philosophico-médicale de l’homme dans le monde, mais aussi de ses œuvres écrites pour lesquelles il utilise le dialecte ionien, celui des savants, et non son dialecte maternel. Il comprit que le rire de Démocrite d’Abdère n’était pas celui de sa folie. Il sût reconnaître le mal d’amour dont souffrait Perdiccas ; il repoussa la maladie pestilentielle qui menaçait l’ensemble de la Grèce, Athènes comprise. La thérapeutique d’Hippocrate est une application assez compliquée de quelques principes relativement simples : agir au moment propice et avec un minimum de violence : restaurer l’équilibre du corps dans son ensemble, mettre en accord l’individu et son milieu.

« Avoir dans les maladies deux choses en vue : être utile ou du moins ne pas nuire. » (Introduction de Danielle Gourevitch, Mirko Grmek et Pierre Pellegrin, De L’Art Médical, Hippocrate)

HONTE

(Littré) 1. Deshonneur, opprobre, humiliation. Corneille  : « La gloire d’une mort qui nous couvre de honte. » Voltaire : « Va, la honte serait de trahir ce que j’aime. » La Chaussée : « La honte est dans l’offense et non pas dans l’excuse. » 2. Sentiment pénible qu’excite dans l’âme la pensée ou la crainte du deshonneur. Bourdaloue : « La honte est une passion que la nature raisonnable excite en nous et qui nous détourne, sans que nous remarquions même ni comment ni pourquoi, de tous les excès et de toutes les impuretés du vice. » Bourdaloue  : « La honte du bien, dit Saint Bernard, est en nous source de tout mal et la honte du mal est le principe de tout bien. » Rousseau  : « La honte, compagne de la conscience du mal, était veuve avec les années. »

Avoir perdu toute honte : être insensible au deshonneur. Les reproches de la conscience causent de la honte.

JUSTICE

(Rey) La conformité au droit, le sentiment moral d’équité, les lois et les jugements et préceptes, le pouvoir de justice.

Justitia (Grimal) : Personnification à Rome de la Justice. Elle n’est toutefois pas équivalente de la Thémis grecque, mais de Diké et aussi d’Astrée qui joue son rôle dans la légende de l’Age d’or. Lorsque les crimes de l’humanité eurent mis en fuite Justitia, et l’eurent contrainte à quitter la terre où elle vivait familièrement avec les Mortels, elle se réfugia au Ciel et devint la constellation de la Vierge.

La justice c’est ce qui rend l’injustice convenable. Sur quels tas d’injustice s’élève la Justice ! La Justice n’est pas faite pour être juste. Elle est faite pour arrêter. La Justice, entre hommes, il la faut. Pour couper court aux douleurs, qui sont interminables. Trancher tout ce qui dépasse, refouler les sanglots. Les victimes sont scandaleuses, elle ne cessent de se plaindre. La Justice est là pour régler les cris et couper le cours des plaintes.
La Justice est la bonne gestion de l’Injustice.
La Justice est notre tragédie nécessaire.

Hélène Cixous, Le Coup

DIKÉ (Graves)  : déesse grecque de la justice.

Thémis  : déesse de la Loi appartient à la race des Titans. Elle est fille d’Ouranos, et de Gaïa et sœur des Titanides. Comme déesse des lois éternelles, elle figure parmi les épouses divines de Zeus, la seconde après Métis. Avec Zeus, Thémis engendra les trois Heures : Eunomia (Discipline), Diké (Justice) et Eirine (Paix). Trois noms qui évoquent l’idée de pousser, de croître et de fructifier. Les Heures ont un double aspect : divinités de la nature, elles président au cycle de la végétation. Elles assurent le maintien de la société. Empédocle  : « Partout s’étend par l’ample puissant éther et dans l’immense flamme de la lumière, la Loi Universelle de la Diké ».

Étymologie (Bailly) : Diké : dikh  : règle, d’où usage, manière d’être ou d’agir. Ce qui sert de règle, droit, justice. Action judiciaire, d’où procès, cours du procès, débat, tribunal qui juge le procès, le plaidoyer, décision judiciaire, jugement, conséquence d’un jugement, peine, châtiment, la règle, le droit.

MÉDECIN

(Littré) 1. Celui qui exerce la médecine. Pascal  : « S’ils (les magistrats) avaient la véritable justice, si les médecins avaient le vrai art de guérir, ils n’auraient que faire de bonnets carrés : la majesté de ces sciences serait assez vénérable d’elle-même. » 2. Médecins de tous arts, se disait autrefois des médecins qui, sans études médicales, prétendaient être en possession de secrets et de recettes. 3. (Fig.) Ce qui est propre à rendre ou à conserver la santé. 4. Le médecin des âmes, le prêtre, le confesseur. Étymologie
(Bailly)
Grec : Medesthai, medeo : prendre soin de, protéger, par suite : qui règne sur, par suite : protecteur.
(Gaffiot) Latin : medicus : propre à guérir, qui soigne, guérit.
Medeor  : soigner, traiter (en parlant de remède : être bon).

NUIT (Nyx)

(Graves) Est la personnification et la déesse de la Nuit. Elle est la fille du Chaos dans la théogonie Hésiodique. Elle-même engendra deux éléments, l’aether et le jour et toute une série d’abstractions. Certains disent qu’au début était l’obscurité et que de l’obscurité naquit le Chaos. De l’union de la Nuit et de l’Erèbe naquirent le Destin, la Vieillesse, la Mort, le Meurtre, la Continence, le Sommeil, les Rêves, la Discorde, la Souffrance, la Tyrannie, Nemesis, la Joie, l’Amitié, la Compassion, les Parques et les trois Hespérides.

Selon les Orphiques, la Nuit aux ailes noires, déesse que Zeus lui-même redoute, fut courtisée par le Vent et déposa un œuf d’argent dans le sein de l’Obscurité. Eros, que certains nomment Phanès, sortit de cet œuf et mit en marche l’Univers. Eros avait des ailes, deux sexes et quatre têtes, et parfois sifflait comme un serpent ou bêlait comme un bélier. La Nuit vivait avec lui dans une caverne et se manifestait sous trois aspects : Nuit, Ordre et Justice. Devant cette caverne se tenait assise l’inévitable mère Rhéa ; frappant sur un tambour de bronze, elle contraignait l’homme à prêter attention aux oracles de la déesse.

Strophe
« 0 Nuit ma mère, mère qui m’a enfantée
Pour être le châtiment de ceux qui ne voient plus la lumière
Comme de ceux qui encore la voient,
Ecoute-moi car l’enfant de Léto me met en déshonneur
En m’arrachant cet aplati de peur,
Cette expiation à offrir à la mère,
Qui sur ce meurtre a le pouvoir de purification.

Eschyle, Les Euménides

PARDON

(Littré) 1. Remision d’une faute, d’une offense. Le pardon des injures. Hamilton  : « On n’a pas tant d’esprit quand on demande pardon, que quand on offense. » 2. Lettres de pardon, lettre que le prince accordait en petite chancellerie pour remettre la peine de certains délits moins grands que ceux qui exigent des lettres de grâce. 3. Le jour du pardon, jour que les juifs célèbrent le dix de leur mois tisri, qui correspond à notre mois de septembre ; ils s’abstiennent du travail comme le jour du sabbat, jeûnent jusqu’au soir, et font profession ce jour-là de pardonner toutes les injures qu’ils ont reçues.

Étymologie (Gaffiot) :
Per-donare
 : donner complètement.

PARJURE

(Rey) Parjure employé comme nom et adjectif, désigne et qualifie une personne qui, par un faux serment, manque à ses promesses, à ses engagements (être parjure à). Parjure désigne aussi le faux serment, en particulier le faux témoignage devant les tribunaux. Il est alors emprunté au neutre latin perjurium : action de se parjurer.

Se parjurer : violer son serment, affirmer sous serment ce que l’on sait faux.

Étymologie (Rey) :
Parjurus
 : « qui manque à ses engagements », d’où : « imposteur », « menteur ». Mot formé de per, exprimant ici une idée de « déviation », et de jus, juris : droit.

PROPHÈTE

(Littré) 1. Celui qui, chez les hébreux, inspiré de Dieu, prédisait l’avenir. Deutéronome XXXIV 10 : « Il ne s’éleva plus en Israël de prophète semblable à Moïse, à qui le Seigneur parlât comme à lui face à face. » Pascal : « On n’entend les prophètes que quand on voit les choses arriver. » Les quatre grands prophètes, Isaïe (en hb. « Yahvé est délivrance »), Jérémie (en hb. "Yahvé élève"), Ézéchiel (en hb. "Que Dieu rende l’enfant fort"), Daniel (en hb. "Dieu a rendu justice"), ainsi dits parce qu’ils ont laissé un plus grand nombre d’écrits. Le prophète-roi, le roi-prophète, le prophète royal : David. Les faux prophètes, ceux qui se disaient prophètes sans avoir l’inspiration divine. 2. Titre donné à Mahomet par les musulmans.

Étymologie (Bailly) :
Grec : Pro : avant ; phêmi  : je parle. 1. Rendre visible, d’où manifester sa pensée par la parole, d’où : dire. 2. Dire son avis, d’où avoir un opinion, penser, croire.
Phenidzo  : 1. prophétiser, annoncer. 2. Répandre un bruit, divulguer.

Iles, écoutez-moi,
peuplades au loin, soyez attentives :
Iahvé m’a appelé, dès le ventre maternel ;
dès les entrailles de ma mère, il a fait mention de mon nom.
Il a rendu ma bouche semblable à un glaive tranchant,
il m’a abrité dans l’ombre de sa main,
il a fait de moi une flèche acérée,
il m’a dissimulé dans son carquois,
il m’a dit : « Tu es mon serviteur,
Israël, toi par qui je me manifesterai glorieusement ».

(Le livre d’Isaïe, Ch XLIX)

RESPONSABILITÉ

1. Terme de droit. a) Promettre solennellement dans les formes prescrites ; pour quelqu’un, promettre à titre de caution, de répondant, se porter caution. b) Au nom de l’État. c) Ce terme est consacré dans la terminologie du mariage : c’est ce qu’enseignent les termes mêmes de sponsus, sponsa « époux », « épouse ». Plaute : « Piliam tuam sponden mihi uxorem dari ? » « Alors, tu me promets ta fille en mariage ? » 2. S’engager à faire la paix, prendre l’engagement que. 3. En général, promettre sur l’honneur, assurer, garantir, se porter fort.

Etymologie :
(Gaffiot) Spondere
 : Terme de droit : promettre solennellement, dans les formes prescrites, promettre à titre de répondant, se porter caution. Au nom de l’État, s’engager à faire la paix, prendre l’engagement. En général, promettre sur l’honneur, assurer, garantir, se porter fort. (Benveniste) Respondeo, responsum : se dit des interprètes des dieux, des prêtres, notamment des haruspices, donnant en retour de l’offrande la promesse, en retour du cadeau la sécurité ; c’est la « réponse » d’un oracle, d’un prêtre. Ceci explique une acception juridique du verbe : respondere de iure « donner une consultation de droit ». Le juriste, avec sa compétence, garantit la valeur de l’avis qu’il donne. »

« Si la loi de la responsabilité ne s’étendait pas sur tous les agents subalternes du despotisme, si elle n’existait pas surtout parmi nous, il n’y aurait pas une nation sur la terre plus faite que nous pour l’esclavage. (…) Tout subalterne est responsable, et vous ne serez jamais que des esclaves si, depuis le premier vizir jusqu’au dernier sbire, la responsabilité n’est pas établie ».

Mirabeau, 22 août 1789,
Réunion de l’Assemblée Constituante

SANG

(Littré) 1. Liquide assez épais, d’une couleur rouge tantôt claire et vermeille, tantôt foncée et comme noire, qui remplit le système entier des vaisseaux artériels et veineux. Deutéronome XII 2I  : « Gardez-vous seulement de manger du sang de ces bêtes, car leur sang est leur vie, et ainsi vous ne devez pas manger avec leur chair ce qui est leur vie. » 2. Se dit des différents états physiques définis par un certain état du sang. Sang allumé. Rafraîchir le sang. Bossuet  : « On a le mal dans le sang et dans les entrailles avant qu’il éclate par la fièvre. » 3. (Fig.) Il se dit de différents états d’âme définis par un certain état du sang. Racine – Esther : « Tout mon sang de colère et de honte s’enflamme. » Rousseau - Confessions : « Je ne doute point que le mauvais sang que je me fis durant cette absence n’ait contribué à la maladie où je tombais après son retour. » 4. (Fig.) La vie des hommes en parlant de mort, de meurtre, de carnage. Isaïe XXCI2I  : « La terre ne cachera plus le sang qui a été répandu. » 5. Le prix du sang : le prix payé à un homme qui a livré un condamné à mort. St. Math. XXVII 6 : « Il ne nous est pas permis de le mettre (l’argent payé à Judas) dans le trésor parce que c’est le prix du sang. » Psaumes LVIII 3 : « Sauvez-moi de tous ces hommes de sang. » 6. Le sang, la substance du peuple, des pauvres. Sucer le sang du peuple. Rousseau  : « On a presque regret d’être homme quand on songe aux malheureux dont il faut manger le sang. » 7. Le sang, les sentiments d’affection entre les membres d’une même famille. Corneille : « Elle est mère et le sang a beaucoup de pouvoir. » Bossuet  : « Les larmes que Saint Augustin appelle si élégamment le sang de l’âme. »

Étymologie (Gaffiot) :
Sanguis : sang qui coule, par opposition à :
Cruor : sang coagulé, sang rouge, sang qui se répand. a) force vitale, vie. b) meurtre, carnage.
Cicéron : « nisi cruor apparet, vis non est facta » « A moins qu’il n’y ait trace de sang répandu, il n’y a pas eu de violence. »)
Virgile : « atri cruores » (« Flots d’un sang noir. »)
Cruentus  : sanglant, ensanglanté, inondé de sang.
Cruentare
 : 1. mettre au sang (par le meurtre, en tuant). (Fig.) blesser, déchirer. 2. teindre en rouge.
Crudelis : dur, cruel, inhumain.
En grec : Haima : sang, hématome, hémorragie, hémophilie.

SERMENT

(Littré) 1. Affirmation ou promesse en prenant à témoin Dieu ou ce que l’on regarde comme saint, comme divin. Rollin  : « Celui qui trompe par un faux serment déclare ouvertement par là qu’il craint son ennemi mais qu’il méprise Dieu . » Rousseau  : « C’est un second crime de tenir un serment criminel. » 2. Serment, imprécation. Vertot  : « Après avoir fait des serments horribles qu’il poursuivrait cette affaire jusqu’à la mort. »

(Benveniste) Le serment en Grèce est l’affirmation solennelle placée sous la garantie d’une puissance non humaine chargée de châtier le parjure. En grec notamment, on peut ressaisir dans le tour déjà homérique horkon omnunai, signifiant spécifiquement « prêter serment », son origine concrète : « saisir le horkons  », objet chargé de puissance maléfique prête à se déclencher en cas de manquement au serment. La vieille formule sacramentaire isto Zeus est un appel aux divinités comme témoins oculaires et par suite juges irrécusables.

Etymologie (Gaffiot) :
Sacramentum
 : 1. Enjeu (consigné entre les mains des Pontifes par les parties qui plaidaient). 2. Serment militaire. 3. Serment en général. 4. Mystère, sacrement.

CETTE PIÈCE A ÉTÉ ÉCRITE ENTRE
DÉCEMBRE 1992 ET SEPTEMBRE 1993.
LES ÉVÉNEMENTS DE CE RÉCIT SE SONT PRODUITS
ENTRE 3500 ANS AVANT J.C. ET L’ANNÉE 1993.
PAR LA SUITE SONT ARRIVÉS,
DANS LA RÉALITÉ, DES FAITS QUI LEUR RESSEMBLAIENT.
C’EST QUE LA PAROLE DU THÉÂTRE,
PROFÉRÉE AU PRÉSENT ET À L’INTEMPOREL,
EST PAR DÉFINITION PROPHÉTIQUE.


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