1793, les éclairages

Le principe de l’éclairage est calqué sur le principe global de l’utilisation de la Cartoucherie. Le choix premier a concerné la verrière qu’il fallait soit supprimer, soit éclairer. En fait, depuis l’année dernière, nous avions envie de la mettre en valeur, depuis le jour où, devant atténuer la lumière pour les représentations en matinée de 1789, nous avions placé une bâche sur la verrière et constaté que c’était très beau : jeux d’ombre et de lumière, de jour et de soleil.

Ceci nous permettait d’utiliser non plus la Cartoucherie comme un simple abri, mais de la faire vivre, de faire jouer ses murs. Ce n’était pas possible avec un éclairage traditionnel " de théâtre ". Dès le début du mois de mars 1971, durant l’exploitation de 1789, l’un d’entre nous a commencé à s’informer, à rencontrer des spécialistes, à faire des recherches théoriques sur la lumière. Quatre personnes ont travaillé sur ces problèmes d’éclairage par la suite et il est bien évident que le travail n’aurait pu aboutir s’il avait été le fait d’une seule personne.

Au théâtre, la lumière artificielle employée, celle que donnent les projecteurs, est incandescente, elle tire plutôt sur le rouge. Après de nombreuses comparaisons, observations, mesures, nous avons constaté que la lumière qui traverse la verrière, elle, tire beaucoup plus sur le bleu. Par contre, celle qui arrive par les fenêtres est plutôt celle des rayons de soleil : ces rayons sont dans la gamme rouge et se rapprochent de la lumière incandescente fournie par les projecteurs.

Pour parvenir à recréer la lumière du jour venant de la verrière, et les rayons du soleil, nous avons dû employer deux types d’éclairage : l’un traditionnel, les projecteurs qui donnent une lumière ponctuelle avec un faisceau bien déterminé, et l’autre composé de tubes fluorescents qui donnent une lumière presque blanche, très proche de la lumière du jour, même quand on en diminue l’intensité. La difficuité la plus importante a été d’obtenir une graduation de cette lumière fluorescente ; celle-ci est parfois utilisée au théâtre (pour éclairer des cyclos, notamment), mais jamais à cette échelle, et, à notre connaissance, jamais sur gradateurs. (II existe au Musée du Louvre, une installation qui permet aux tableaux de ne pas trop souffrir des changements brusques de la lumière naturelle.) Pour ces deux types d’éclairage, il fallait cacher les sources lumineuses, rien ne devait être visible, pas même un câble. On a placé les tubes juste au-dessus des armatures de fer qui supportent le verre et on a camouflé les projecteurs, qu’on a groupé autour des fenêtres, à l’extérieur ; pour celles-ci, on a utilisé le verre imprimé : c’est celui qui laisse perdre un minimum de lumière par rapport à la diffusion. Malgré tout, nous n’avons pu obtenir les faisceaux serrés d’un rayon de soleil.

L’éclairage doit mettre en valeur le projet de mise en scène, il doit renforcer le dépouillement de tout ce qui se passe dans la section, il doit cerner les scènes et coller au récit ; il permet d’accentuer le temps qui passe, le " temps des événements " ; il conditionne le jeu des comédiens pour qui c’est une discipline nouvelle de voir distinctement le public : ils ne peuvent se permettre aucun relâchement. La faible lumière qui tombe des lustres va aussi dans ce sens. Pour la parade, au contraire, qui fait le lien avec 1789, l’éclairage est traditionnel : il doit accentuer la théâtralisation de la présentation des Grands, on utilise quatre poursuites (projecteurs mobiles permettant de suivre les comédiens) et une rampe classique.


L’Avant-Scène Théâtre, n°526-527, octobre 1973, p. 15


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