1793, les costumes

Le fait de la création collective suppose que la conception des costumes se fasse parallèlement travail du comédien proprement dit.

Le principe de création a été le même que celui de 1789. Néanmoins, les contraintes ont été plus nombreuses comme il s’agit de sectionnaires, les costumes doivent être plus quotidiens et laissent moins de liberté que des costumes de bateleurs. Il est utile de faire des maquettes, mais celles-ci évoluent de la même manière que le travail, au fur et à mesure où se concentrent les idées de la mise en scène, des comédiens et des nôtres au niveau des costumes. Notre travail consiste, tout simplement, à traduire en " langage de costume ", celui des comédiens.

Un costume, à la limite, est réussi lorsqu’il ne se voit pas ; dans le spectacle, tous les sectionnaires sont dans leurs vêtements quotidiens qu’ils portent pour toutes les circonstances de leur vie. C’est pourquoi il est important que les comédiens aient pu porter durant deux mois de répétitions, leurs costumes : on a pu ainsi obtenir une patine réelle. Les différences de métiers doivent être sensibles sans tomber pour autant dans le costume artisanal psychologique : une domestique n’est pas habillée comme une femme de la Halle ou une boutiquière ; par là, on peut jouer sur les détails, sur les charlottes, par exemple, qui sont plus ou moins ouvragées, sur les tabliers, aussi, en des tissus plus ou moins rudes. La documentation iconographique est essentielle, si elle est utilisée sans provoquer une reconstitution historique un peu primaire. Pour la réalisation, après avoir à peu près fixé, historiquement parlant et du point de vue des personnages, la silhouette de chacun, nous sommes allés au Musée Historique du Costume où nous avons pu voir des costumes de l’époque (pour la plupart des costumes de bourgeois, ceux du peuple ayant disparus). Sachant que la coupe est néanmoins la même (en effet, les bourgeois vendaient leurs costumes à la fripe, ceux-ci étaient ainsi rachetés, dépouiliés de tout ornement un peu riche, par les gens du peuple), nous avons relevé des patrons.

Parallèlement, parmi les gens du peuple, beaucoup, venus de la campagne, portaient des vêtements plus rudes, qui n’ont pratiquement pas évolué du point de vue de la coupe, du XVIIe à la fin du XIXe siècle. Tous ces éiéments ont été nécessaires, mais ils ont dû se plier à l’objectif prioritaire des besoins du spectacle la découverte des personnages. Ils concourent ainsi, comme tous les autres éléments du travail, à recréer l’atmosphère d’une section.


L’Avant-Scène Théâtre, n°526-527, octobre 1973, pp. 16


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