1793, le lieu scénique

Contrairement à 1789, 1793 est créé dans la Cartoucherie.
La première exigence était de retrouver le besoin et l’urgence qui ont guidé, en 93, les sans-culottes dans leur prise de pouvoir et de parole : les assemblées de quartier se faisaient souvent dans les églises ou anciens locaux ecclésiastiques qui, pour un temps, n’ont plus été le simple lieu du culte ou de l’enseignement. Ils devenaient alors des lieux de réunion où se concentraient tous les pouvoirs d’imagination, de création, de communication et de fraternité, en vue de la révolution.
Il s’agissait donc de recréer dans un but de représentation théâtrale, le même caractère d’investissement d’un lieu. Deux impératifs, donc :
— rendre sensible cette réalité,
— la rendre possible.
Nous devions donc non pas faire un décor au sens propre du terme, mais plutôt aménager la Cartoucherie en restant cohérent avec l’architecture du lieu, et en faisant référence à l’histoire, puisque c’est cette histoire que nous racontons, en s’inspirant des nombreuses gravures de l’époque. Lorsque le peuple de Paris s’est organisé en sections et sociétés fraternelles, il a du aménager efficacement ses lieux de réunions : passerelles, tribunes, tables, etc.
Au départ, la salle devait être entièrement utilisée, mais le spectacle évoluant vers une concentration du jeu des comédiens dans un lieu plus fermé, il nous a paru utile de n’habiter qu’une seule nef de la Cartoucherie, pour la section. L’autre est utilisée pendant les douze premières minutes du spectacle, pour la parade.
Le travail du bois, pour la construction des galeries et des tables, s’est fait de façon plus " industrielle ", si l’on peut dire, que le travail sur les tréteaux de 1789, pour lequel nous avions utilisé des outils de l’époque, la masse de travail étant ici plus considérable. On aurait pu envisager les galeries différemment, en d’autres matériaux, mais, par souci de vraisemblance avec l’histoire, elles ont été construites en bois. Ce sont deux plans horizontaux pour supporter le public et lui permettre de circuler aisément ; nous aurions pu choisir d’autres formes plus statiques et fixes, sortes de gradins, comme il y en avait aussi dans les salles de réunions, à l’époque, mais, pour la mobilité du public, nous avons choisi celle-ci : le mot même de passerelle l’indique. Les trois tables où se concentre l’action des sectionnaires, participent de cette même logique de reconstitution d’un lieu de réunion.
Le travail de collaboration avec la mise en scène a été assez différent de celui effectué pour 1789 où il y avait une forme préalablement établie, celle des bateleurs, avec une référence médiévale évidente. Pour 1793, le travail de l’équipe technique a peut-être commencé un peu tôt, en raison des délais de fabrication, si bien qu’on a eu le sentiment d’aller dans l’inconnu, la forme définitive du spectacle n’étant pas encore trouvée. Un module de répétition, c’est-à-dire un élément de galerie, a été fabriqué et présenté aux comédiens assez tôt pour que les répétitions puissent commencer avec le module et la table définitive, mais il est un peu dommage qu’il n’y ait pas eu véritablement amélioration de ce modèle au cours de son utilisation par les comédiens.
Au tout début des répétitions, le sol devait reconstituer le dallage d’une église ; nous avons fait plusieurs maquettes de dalles en ciment coloré ; cette conceptions du sol laissait supposer que les sectionnaires, en investissant le lieu, auraient trouvé ce dallage. Nous avons du abandonner cette idée pour des raisons financières, techniques et géographiques en effet, le dallage n’était concevable que si la salle avait été utilisée entièrement par la section. Nous avons donc choisi de construire un plancher dans la nef-section, ce qui correspond mieux à l’exigence d’aménagement du lieu.
L’Avant-Scène Théâtre,
n°526-527, octobre 1973, pp. 14-15
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