Done, en anglais, le participe passé du verbe to do, faire, c’est fait. C’est : c’est fait, c’est fini. I am done, je suis fait. Je suis cuit. Foutu. J’en ai terminé. Done c’est le coup de glas, le tocsin mental de Macbeth. What is done is done. It cannot be undone. Peut-on défaire ce qui est fait, peut-on dé-mourir, désachever, dé-défaire ? Non. Mais si. La littérature peut refaire de la vie avec des cendres. De la vie autre. De la vie suivie, poursuivie.
Hélène Cixous, Ayaï ! Le cri de la littérature


 

Macbeth
de William Shakespeare

 
traduit et dirigé par Ariane Mnouchkine
musique de Jean-Jacques Lemêtre

 

Représentations
mercredi, jeudi, vendredi à 19h30
samedi à 13h30 et à 19h30
dimanche à 13h30

 

 
relâche lundi et mardi
relâche exceptionnelle : les mercredi 18, jeudi 19 et vendredi 20 février 2015


Prix des places
Individuels 29 € / Collectivités 24 € / Étudiants et scolaires 15 € / Billets mécènes 50 €, 100 €, 150 €


LOCATION
Individuels 01 43 74 24 08
tous les jours de 11h à 18h
et en ligne (mais quelques places seulement) sur le site de la FNAC ou THÉÂTRE ONLINE
Lorsqu’il n’y a plus de places à la vente « sur internet », cela ne veut – absolument pas – dire que la représentation est complète. Mieux vaut vérifier auprès de notre location !


Collectivités, groupes d’amis 01 43 74 88 50
du mardi au vendredi de 11h à 18h

 

 


 
L’irréparable

 
Mais qu’est-ce qui est arrivé au grand Macbeth, ce général victorieux à la carrière brillante ? Un bel homme, aimé des siens, respecté, admiré, comblé d’honneurs mérités, salué par le roi. Il avait tout pour être heureux. Une femme aimante, distinguée comme une noble romaine. Un château magnifique. Et quel beau paysage ! Tout lui souriait.
Et voilà que du jour au lendemain, une ténèbre – tombe. C’était le lundi qui suivait le triomphe. Ça ne peut quand même pas être la faute des vieilles sorcières prophétiques ? C’est comme si l’avenir s’était jeté sur lui et lui avait mordu le cerveau avec ses dents empoisonnées. Comme si un télégramme du diable était arrivé. Un mot : Tue ! Une idée horrible vient frapper à la porte de sa pensée. Pensée ? Même pas. C’est comme si la peste avait frappé à la porte de son château. Une seconde d’hésitation. Une seconde ? Même pas. C’est comme s’il avait déjà ouvert la porte avant d’ouvrir. Comme si quelqu’un avait précédé son mouvement. Sa femme ?
À la seconde, il y a eu ce besoin foudroyant de faire ce qu’on ne doit pas faire, et, subitement, ce qu’on ne peut pas faire, on le fait. Fait. Et déjà tout est ruiné et décomposé : la raison, le cœur, le sentiment, la nourriture, le sommeil. On ne peut plus ni dormir, ni se réveiller. Le temps n’a plus de passé ni de présent. Il est sans repos et sans retour. La première seconde lui a été fatale, on ne peut plus qu’aller de l’avant dans le sang, dans le sang, descendant dans le sang.
Le grand Dérangement a envahi le monde. Ce qui vit n’est pas vivant. Ce qui est mort n’est pas mort. Les rêves chassés de leur région errent à l’extérieur en hallucinations. Tout est perdu, l’amitié, la confiance, l’épouse, les illusions, le goût. Même la peur le quitte.
Et le peuple, dans cette histoire ?
Le peuple ? Ah ! Oui ! C’est vrai. D’habitude, comme dans les pièces de Shakespeare, quand il y a un pays, il y a aussi un peuple. Le peuple, les Macbeth n’y avaient jamais pensé ! Toutes leurs forces, affairées, tendues vers ce petit objet maléfique : la couronne. Tout l’espace du cœur est occupé par le terrible désiré. Jamais on n’avait vu une telle pureté dans le mal, une telle passion dans la tentation, nous semble-t-il.
Nous ? Nous, les oubliés, les rejetés, nous sommes saisis d’effroi et d’incompréhension. Comment en arrive-t-on là, c’est-à-dire au-delà de tout plaisir, de toute satisfaction, là où la fin est sans arrêt et la langue se vomit elle-même ? Le mal est juste derrière la porte. Vous l’entendez hurler. Macbeth n’aurait jamais dû penser à ouvrir la porte. Trop tard frappe comme la foudre.
Attention ! Nous ne devrions jamais laisser les Macbeth ouvrir la porte, pensons-nous. Le mal est prêt. Il n’attend que cet instant. Attention ! Le mal est sans arrêt. Vous êtes prévenus ?
Hélène Cixous, 1er février 2014