Le Roi Cymbeline
Mise en scène HÉLÈNE CINQUE
Un conte fantastique d’après WILLIAM SHAKESPEARE
Par L’Instant d’une résonance
du 8 mars au 29 avril 2012
du mercredi au samedi à 20h, le dimanche à 14h
Réservations au 01 43 74 24 08, de 11h à 18h
ou en ligne sur le site de la Fnac
Prix des places : 18 € / 12 € / 10 €
La princesse Imogène brave la volonté de son père, Cymbeline, roi de Bretagne, en épousant Posthumus gentilhomme sans fortune, au lieu du fils de la reine. Posthumus, alors exilé à Rome, fait la rencontre de Iachimo et parie sur la fidélité de sa belle. Mais la partie est truquée…
Le roi Cymbeline de Shakespeare n’est certes pas la plus montée des comédies du grand William. Un conte où ne manque ni les méchants, les traitres, les princes cruels, les pères abusés, la marâtre, les fils cachés, les amants maudits, les valets fidèles… Imogène, fille du roi d’Angleterre Cymbeline aime Posthumus, gentilhomme sans fortune. Promise au cruel Cloten, fils de sa marâtre, elle défie son père et épouse son amant. Posthumus est banni et se réfugie à Rome. Il rencontre Iachino qui parie sur la fidélité et la vertu d’Imogène. Imogène calomniée, condamnée à mort par Posthumus part à sa recherche dans un pays en guerre. Voilà le résumé succinct d’une intrigue profuse. Cependant c’est avec un vrai bonheur qu’Hélène Cinque s’est emparée de cette comédie. Une mise en scène limpide, claire et astucieuse et d’une grande intelligence. La direction d’acteur est exemplaire et bénéficie d’une troupe homogène, d’une grande cohésion. Les personnages sont ainsi finement et joliment dessinés et joués avec bonheur par chacun des comédiens. Il faudrait les citer tous qui jamais ne tombent dans la caricature.
Si l’on rit beaucoup, Hélène Cinque donne néanmoins à cette comédie des erreurs un ton inquiet. Ou rien jamais ne semble sécure. Sans être cauchemardesque il flotte cependant une inquiétude. Le brouillard qui flotte presque en permanence sur le plateau couvert de tourbe semble figer les personnages dans l’effroi. Les personnages eux-mêmes s’épuisent dans leur fuite et donne peu à peu un accent tragique à ce qui débute comme une comédie. Chasseurs ou gibiers tous sont en perpétuel mouvement, en fuite continuelle. Hélène Cinque donne justement à ce mouvement une fluidité étonnante. Les corps sont comme en apesanteur malgré la terre qui leur colle aux chausses. Et quand ces corps enfin se reposent ou tombent une tension sourde demeure qui les fait toujours prêt à bondir. Car il s’agit de guerre dans cette œuvre, guerre des sexes ou conflit de territoire, il s’agit toujours de conquête qui ne laisse aucun repos. Hélène Cinque habilement reporte les enjeux de la pièce sur ces corps fébriles. De leurs confrontations, de leurs frottements, de leurs chocs, de leurs caresses surgit une poésie qui les voit osciller de la comédie au drame. Cette vibration, cette palpitation des corps et des cœurs offre une lecture pertinente et sans mièvrerie de cette œuvre.
La scénographie qui permet champs et contrechamps et donne une profondeur à la scène permet une circulation aérée et continue des corps, multiplie les points de vues et fait s’enchaîner les scènes les unes aux autres comme on tournerait les pages d’un livre. Ainsi se déroule le récit sans que jamais la tension ne se relâche. Hélène Cinque forte de son expérience au Théâtre du Soleil sait combien le mouvement, l’occupation de l’espace participe de la lecture d’une œuvre. Mais que cela s’appuie également sur une troupe. Elle a su lui insuffler une joyeuse énergie folle. qui leur fait s’emparer de cette œuvre avec un bonheur communicatif.
Denis Sanglard, UN FAUTEUIL POUR L’ORCHESTRE, 11 avril 2012
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